Par Pierrot MUNCH, Pasteur de l’Église protestante unie de Loire Atlantique.
Article paru dans « Réforme », n° 4115 du 4 décembre 2025, dans le cadre de la page proposée tous les mois par le mouvement des Attestants.
Par Pierrot MUNCH, Pasteur de l’Église protestante unie de Loire Atlantique.
Article paru dans « Réforme », n° 4115 du 4 décembre 2025, dans le cadre de la page proposée tous les mois par le mouvement des Attestants.
Aujourd’hui, le pasteur se trouve souvent plus seul qu’auparavant face aux défis de son ministère. - P. DELISS / GODONG / PHOTONONSTOP VIA AFP
La figure du pasteur a changé. D’abord en prenant un grand recul : il y a 50 ou 70 ans, le pasteur était une forme de notable, le plus souvent président du conseil presbytéral. Il avait donc d’emblée une position d’autorité avec peu de contestation dans sa paroisse. À juste raison, l’Église a souhaité introduire plus de concertation dans les conseils presbytéraux en demandant que les pasteurs ne soient plus présidents. Cette nouvelle configuration a modifié la position du pasteur, avec une exigence nouvelle de travail en équipe, de recherche de consensus et d’acceptation de l’altérité.
Jadis, le pasteur était aussi en général un homme marié, dont l’épouse ne travaillait pas à plein temps et était dévouée à l’action de son mari ainsi qu’à la paroisse : organiste, catéchiste, cuisinière ou couturière pour la vente annuelle… Le pasteur trouvait un véritable soutien auprès de son épouse dans ces services concrets et dans la prière ensemble pour beaucoup de situations bien connues des deux. Avec l’évolution de la société, le conjoint, homme ou femme, de la ou du pasteur travaille à plein temps, ce qui a modifié sensiblement son soutien. Après une période de trop forte pression sur les conjoints des pasteurs, a suivi une période où la liberté du conjoint est devenue la norme. Ainsi, le pasteur se trouve souvent plus seul qu’auparavant face aux défis de son ministère.
Par ailleurs, depuis 2020, le Covid a accéléré les sentiments de mal-être au travail et les réseaux sociaux renforcent sans doute encore l’individualisme qui a cours depuis des décennies. Le repli identitaire est le symptôme de personnes qui n’arrivent plus à trouver une solidité en elles-mêmes (et en Dieu !), ni un bien-être dans les relations qui comportent de l’altérité. Les pasteurs, comme les membres des Églises, n’échappent pas à ces fragilités. Aujourd’hui, la société prend davantage en compte les souffrances internes. Elle encourage même à en prendre conscience et à chercher des moyens pour les traiter. Là où un pasteur aurait peut-être serré les dents pour traverser telle ou telle situation, il est maintenant plus averti sur l’importance de prendre en compte ses souffrances internes et de refuser des comportements inappropriés, voire toxiques, qui peuvent provoquer ces souffrances.
Et la foi dans tout ça ? L’Évangile est appelé à pénétrer l’épaisseur humaine. Cela nécessite bien souvent un travail psychologique pour comprendre les racines de nos dysfonctionnements. La foi donne l’énergie et la confiance nécessaires pour affronter ce travail sur soi. Alors, c’était mieux avant ? Surtout pas ! L’Église gagne en progrès d’Évangile à chaque fois qu’elle progresse en concertation, en responsabilités partagées et en conversion ! L’Évangile progresse quand il dépasse le vernis de surface pour aller en profondeur ! En 2024, l’ancienne présidente de l’Église Protestante Unie de France, Emmanuelle SEYBOLDT, rappelait « qu’aucune communauté humaine n’est parfaite ». Une communauté saine permet à ses membres d’en prendre conscience et de laisser la lumière de l’Évangile éclairer chacun dans ces situations.
La situation actuelle, dans toute sa complexité, comporte de véritables opportunités pour l’Église de grandir dans sa vocation ! Une vocation en écho à l’appel du Seigneur : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes amis » (Évangile selon Jean, chapitre 13, verset 35).
N’est-ce pas un appel à refuser tout conflit d’ego, toute tentative de contrôle, toute querelle stérile ou mortifère, toute parole blessante ou humiliante, toute manipulation ? Au contraire, choisir un dialogue constructif, ouvert et sans préjugés, c’est se donner les moyens d’expérimenter, même imparfaitement, « que tous soient un, pour que le monde reconnaisse Celui qui nous envoie ».