Le dernier repas du Christ : un texte, un tableau

Léonard de Vinci interprète la bible

par Claudie de Turckheim, Eglise protestante unie de Saintes-Cœur de Saintonge

 


La Cène par Léonard de Vinci (entre 1495 et 1497),
ancien couvent des Dominicains de Santa Maria delle Grazie à Milan

 

La Bible

Marc 14, 22
« Pendant qu’ils mangeaient, il prit du pain ; après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le leur donna en disant : Prenez ; c’est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; après avoir rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Il leur dit alors : C’est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour une multitude. »

Les quatre évangiles nous décrivent tous un dernier repas de Jésus avec ses disciples.
Les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) rapportent un partage du pain et du vin. Le texte de ces 3 évangiles porte certainement la trace d’une liturgie de célébration de la Cène dans les premières églises.

Un repas qui a un sens nouveau
Jésus et ses disciples sont à Jérusalem, il s’apprêtent à fêter le Pessah, le passage de leurs ancêtres à travers la Mer rouge, la libération du peuple hébreu esclave en Egypte. Le Séder, le repas rituel qui introduit la Pâque juive. comporte huit éléments dont des pains azyme et des coupes de vin. C ‘est à travers ces mêmes éléments que Jésus va instituer la cène en donnant un sens nouveau à ce repas: il est lui-même l’agneau pascal du sacrifice.

La trahison annoncée
Ainsi Jésus réunit ses douze disciples et communie avec tous, y compris avec Judas. Il les aime tous, quoi qu’ils aient fait. En Marc 14, verset 18, il annonce que l’un d’entre eux le trahira : « Amen, je vous le dis, l’un de vous, qui mange avec moi, me livrera. Attristés, ils se mirent à lui dire l’un après l’autre : Est-ce moi ?”
Il leur répondit : “C’est l’un des Douze, celui qui met avec moi la main dans le plat.”

« L’un de vous me livrera », vient de leur annoncer Jésus, prédisant la trahison de Judas. C’est précisément cette scène que Léonard de Vinci a peinte.

Nous voyons les disciples s’interroger, protester, s’indigner, soupçonner le voisin… Les attitudes diverses des douze apôtres et leurs gestes animés contrastent avec la rigueur du décor et la figure de Jésus impassible. Examinez particulièrement les mains de chaque participant, ils expriment les sentiments de leur propriétaire.
Certains disciples sont identifiables : Pierre reconnaissable à la dague qu’il porte dans la main, Jean à la droite du Christ, place du disciple préféré, Thomas, le doigt levé en référence à son incrédulité.
Judas quant à lui, tient dans sa main une bourse. Il tend son autre main vers une assiette et Jésus, de son côté, fait de même. Leurs mains se rejoignent. Jésus n’a-t-il pas prédit que celui qui le trahira mangera avec lui ?

Contrairement à la tradition, Thomas n’est pas isolé des autres disciples. Léonard de Vinci a respecté le texte biblique à la lettre. Mais c’est aussi pour une autre raison. Ce tableau a été commandé par les dominicains qui ont demandé à Vinci de le placer à table avec les autres disciples, sans doute pour illustrer la question essentielle pour eux du libre arbitre, de la conscience que l’on a du bien et du mal et des choix que l’homme doit faire.
Ainsi, ce tableau n’est pas une simple représentation, il a une visée théologique et éthique.

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