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IA Making-of : Le secret du Jeudi Saint
La vidéo sur le secret du Jeudi Saint a reçu un accueil encourageant : plus de 2 000 personnes ont cliqué sur la vidéo (Youtube + Facebook), et les vues continuent de progresser chaque jour. Elle a suscité de nombreuses réactions et commentaires. Si la majorité des retours sont positifs et encourageants, d’autres sont plus réservés, voire critiques.
Cet article me donne l’occasion de partager quelques informations sur le processus de création de cette vidéo, qui repose à la fois sur l’utilisation de l’intelligence artificielle et sur le travail de deux cerveaux humains.
Genèse du projet
Tout commence dans une crêperie à Cognac. Claudie de Turckheim, rédactrice en chef de Protestant de l’Ouest, exprime le souhait d’expliquer la semaine sainte à un large public à travers une vidéo, et me confie ce projet. Autour de la table, le pasteur Cyrille Payot apporte toute la dimension théologique à cette initiative. Quelques jours plus tard, il m’envoie la première version de son texte sur le Jeudi Saint.
Ce texte raconte l’histoire d’un jeune homme qui petit garçon, a participé à un culte avec sa mère sans en saisir le sens. À l’âge adulte, il découvre la signification du Jeudi Saint à travers ce refrain :
« Prendre le pain, verser le vin, l’eau qui coule sur nos destins.
Aimer l’autre sans condition, le secret du Jeudi Saint.
Servir l’autre, n’attendre rien… »
À partir de ce texte fort , le pasteur Cyrille Payot me donne l’occasion de mettre en musique et en images ce projet. Personnellement le texte m’apporte un nouvel éclairage sur la portée du Jeudi Saint. Comme le précise Claudie le texte de Cyrille compile la Cène (Eucharistie) des évangiles de Matthieu, Marc, Luc et le lavement des pieds (service) de l’évangile de Jean, ce qui est rare.
La direction artistique




La première question porte sur la cible : cette vidéo doit toucher des adolescents et de jeunes adultes en quête d’information et de sens sur le Jeudi Saint.
Cette étape du Jeudi Saint, qui conduit Jésus vers la croix, est un moment qui quitte la lumière et glisse vers l’obscurité de la passion, mais le message est porteur d’espoir. J’opte donc pour une colorimétrie globalement froide proche du film « noir » , tout en veillant à ce que la musique transmette l’espoir et la portée d’amour du message « Aimer l’autre sans condition, le secret du Jeudi Saint… »
Pour les personnages, je décide de représenter notre héros, Tom, sous les traits d’un jeune homme de 20 à 30 ans, vêtu d’un veste de jean (notre cible de communication). Judas prend l’apparence d’un truand reconnaissable, avec une coupe de cheveux militaire, un blouson noir et un visage froid et taciturne. Jésus, quant à lui, doit être immédiatement identifiable : un homme méditerranéen, barbu, aux longs cheveux, vêtu d’une chemise de lin blanc, il est souriant et lumineux – un style très « sulpicien », comme certains lecteurs l’ont souligné. L’ensemble se déroule dans une ambiance sombre, entre bistrot, site industriel, rue mouillée en clair-obscur.
J’ai ainsi défini ma direction artistique.
La création avec l’IA
L’intelligence artificielle entre en jeu. Le premier élément d’une vidéo est la musique. J’utilise l’IA Suno comme studio musical. Les premiers essais, inspirés par le style de l’artiste Grand Corps Malade à travers un slam, s’avèrent trop sombres et lents.
Je reformule le prompt1 pour obtenir une version plus rythmée, avec une guitare jouée en mode « slap » (claquements de doigts sur la caisse) pour créer du rythme. J’imagine Tom dans une déambulation de rue avec sa guitare. Après plusieurs ajustements en une demi-journée, j’obtiens la musique souhaitée.
Pour la partie visuelle, je sollicite deux IA : Midjourney et Sora, afin de créer Tom à partir du même prompt. Midjourney produit une image trop lisse et clichée, je vais prendre Sora qui se rapproche davantage de mon idée d’une esthétique sombre.
Je décris ensuite chaque personnage avec précision, un à un, afin de créer une bibliothèque de références permettant d’obtenir des personnages récurrents et identifiables dans Sora. L’écriture des prompts est méticuleuse : cadrage, personnage, visage, attitude, vêtements, ambiance, éclairage, couleurs, décor, format d’image, style.
Une fois les personnages définis, je passe à la création du scénario. Je découpe le texte en plans. Je décris mon intention à Gémini, qui rédige les prompts adaptés pour Sora. Pour chaque plan, j’importe le(s) personnage(s) concerné(s), le décor adapté et le cadrage, la lumière. Sora me fournit une image fixe. (sa fonction vidéo n’est pas convaincante).
L’IA Runway fera les animations vidéos en produisant des séquences de dix secondes maximum à partir des images fixes générées par Sora. L’IA, bien que puissante, génère son lot d’hallucinations, comme en témoigne la poule en plastique qui apparaît dans la bassine du lavement des pieds. Je multiplie les essais : pour une vidéo de 3 minutes 30, Runway génère 62 minis vidéos (rush) de dix secondes.
S’ajoute le travail de « lipsync » pour synchroniser les mouvements des lèvres avec les paroles de la chanson. Runway ne sera pas parfait pour cette mission mais le résultat est acceptable.
Il reste le montage final, qui mêle musique et les mini vidéos, pour ce faire je travaille à « l’ancienne » sans IA avec le logiciel DaVinci Resolve. Ce qui permet de gérer finement les choses et de faire le sous-titrage.

Bilan
Pour un clip de 3 minutes 30, ce projet a nécessité :
- 2 cerveaux humains,
- 5 outils d’IA,
- 144 € de crédits IA,
- 40 € de crêperie,
- 1 semaine de travail,
- une consommation énergétique équivalente à 5 heures de fonctionnement d’un convecteur électrique de 2 000 watts.
Réflexion
Cette vidéo a-t-elle atteint son objectif d’évangélisation ? Cette dépense était-elle nécessaire pour servir le message du Christ ? L’IA est-elle un outil adapté pour parler de foi ? L’IA a-t-elle remplacé l’homme?
Chacun se fera sa propre opinion.
Pour ma part, il me semble évident d’utiliser, au mieux, les outils disponibles à notre époque. Tout comme l’imprimerie, la photographie ou l’informatique en leur temps, je considère l’intelligence artificielle comme un outil de création à notre service, permettant de produire une communication adaptée au service du message de l’Évangile.
1 Le Prompt pour une image, une description rédigée en langage courant et qui donne à une intelligence artificielle les instructions pour la création de l’image.
Exemple : Plan moyen cinématographique, réalisme brut. Un coin de rue française moderne et pluvieux, près d’un chantier. Tom Vieux (dans sa veste de travail bleue) est agenouillé dans la boue, pour aider une voisine âgée à ramasser des courses renversées dans un sac en papier déchiré. Il ne la regarde pas. Ses mains, rugueuses et sales à cause du travail. La lumière est froide et grise, mais le sac de courses (rempli d’oranges et d’une baguette) diffuse une lueur chaleureuse. Aucun élément américain. Grain 35 mm, 4K.
Article rédigé par Jean-François Baudet
Corrigé et reformulé pour une meilleure fluidité par l’assistant IA de Mistral