- Accueil
- Actualités
- Livres – films – musique
- Spiritualité
- Vie spirituelle
- Paul Tillich, « Le courage d’être » (10)
Paul Tillich, « Le courage d’être » (10)
Quand Dieu a disparu
Par Emile Genouvrier, Eglise protestante unie de Touraine
Nous rappelions dans notre dernier article que c’est dans le contexte d’une traversée sans précédent du doute et de l’absurde par l’existentialisme du XXe siècle que Paul Tillich écrit ; et il écrit non pas pour des croyants : mais pour des douteurs agnostiques , voire athées. « La dernière question, note-il alors, est de savoir si les deux types de courage d’accepter d’être accepté – dans l’angoisse du destin et de la mort ; dans l’angoisse de la culpabilité et de la condamnation – peuvent être unifiés devant la présence envahissante de l’angoisse du doute et de l’absurde en cette époque qui est la nôtre ».
Face au doute radical
Le doute radical sape le sens même de la vie, et la vérité d’une responsabilité ultime devant les autres. Et bien entendu, toute référence religieuse possible. Si l’être n’a pas plus de sens que le non-être, la vie plus que la mort, le salut plus que la condamnation, c’est un gouffre béant qui s’ouvre. Et le désespoir.
Mais, propose Tillich, tant que le désespoir s’ affirme, qu’il est accepté : en se disant ou s’écrivant, en se peignant ou en se chantant… alors il y a bien une force de vie qui se manifeste ainsi. « Le sens de la vie se réduit à désespérer de ce sens même ». Et encore : « l’acte d’accepter l’absence de sens est en lui-même un acte plein de sens : il est un acte de foi »
La foi…
Il faut comprendre que pour Paul Tillich la foi n’est pas un savoir vague ( je crois bien en quelque chose …/ je crois qu’il y a quelqu’un ou quelque chose mais bon sans plus…) ni même un savoir précis (le Symbole des apôtres…) Ou un état (les Béatitudes…).
La foi est un vécu, une expérience. L’expérience d’une puissance agissante en nous. La foi est l’expérience de la puissance même de l’Etre. Cette puissance qui est la source du courage d’être…
La foi absolue
Cette expérience peut se vivre dans la relation mystique : nous en avons parlé dans un article précédent. Nul doute que les deux grandes Thérèse… avaient la foi ! Elle peut se vivre aussi dans la rencontre divino-humaine : Dieu me parle/je parle à Dieu. Dieu m’écoute/ « écoute Israël »… C’est le fondement même des églises chrétiennes… et de la prière.
Mais quand tout cela a disparu , quand il ne reste que la négation active dans le désespoir de tout sens et d’une vie spirituelle possibles.. alors on peut parler de foi absolue. Absolue au sens de : sans contenu et sans visée .
Pour Tillich comme par ailleurs pour Bonhoeffer cette manifestation de la présence de Dieu dans un monde où Dieu a disparu est une clé pour «soumettre les contenus concrets de la foi ordinaire à la critique et à la transformation». Dans leur incroyance manifestée, nos frères ont quelque chose à nous dire, et quelque chose de précieux !
« Leur courage d’être dans cette forme radicale est une clé pour une idée de Dieu qui transcende à la fois le mysticisme et la rencontre de personne à personne… »
Le courage d’être, revisité
Nous revoici donc au courage d’être, par quoi s’est ouverte en octobre notre réflexion. Rappelez-vous: il s’agissait de savoir ce qu’était vraiment le courage ; et après une large revue des réponses possibles, Tillich proposait : le courage est ce qui permet à l’être de triompher du non-être.
Voici la question qui se pose maintenant : mais quelle est donc la source de ce courage, en particulier celui qui se manifeste dans le désespoir du non-sens et de l’absurde ?
Cette source, écrit notre auteur, ne peut être que l’être même, « la puissance de l’être qui l’emporte sur le non-être ».
Tout acte de courage d’être, qui est d’accueillir la vie en dépit de l’angoisse fondamentale de vivre sous ses différentes formes, » tout acte de courage d’être participe de la puissance de l’être qui l’emporte sur le non-être ».
Ce courage trouve donc son fondement dans l’être même. Et réciproquement, l’être même se manifeste dans et par le courage d’être.
Le courage d’être comme révélation
« Le courage a un pouvoir révélationnel, poursuit l’auteur. Le courage d’être est la clé de l’être même ». Pour le dire autrement, l’existence de Dieu ne se démontre pas. Elle se manifeste à travers les actes du courage d’être.
Répétons que pour lui la foi n’est pas un contenu, mais une expérience. Et son expérience à travers le combat contre l’angoisse du doute et de l’absurde manifeste la foi absolue ; et révèle ce que Tillich appelle symboliquement « un Dieu au-dessus de Dieu », « God beyond God »
Une relecture de la foi chrétienne
Dans un discours fraternel à ses contemporains saisis par l’absurde et l’angoisse du non-sens, que ne peuvent surmonter ni le courage de la participation, ni le courage de l’individuation, Paul Tillich reformule la théologie de la grâce, c’est-à-dire de l’amour gratuit de Dieu ; discours qu’ils ne peuvent plus entendre.
Pour nous, Dieu en Jésus le Christ connaît sur la Croix la plus totale déréliction et traverse la souffrance et la mort comme la seule façon de les vaincre. Dans cette nuit de la foi, c’est un Dieu absent, disparu, que Jésus évoque/invoque : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
C’est le Dieu caché si souvent invoqué dans les psaumes :
Mon Dieu combien de temps resteras-tu caché? ( ps 86)
Un Dieu au-dessus de Dieu…
Pour conclure
De cette longue et dernière analyse, nous n’avons pu qu’évoquer la trame ; nous renvoyons nos lecteurs au texte-même …
Car, comme cela nous concerne !
C’est bien aussi le mensonge et le vide que traverse notre temps. Avec les peurs qui s’y cultivent, les tyrannies au pouvoir- qui ne sont pas seulement politiques… Les guerres qui se multiplient et les violences de tout genre.
C’est dans ce monde-là que nous vivons et que nous avons, parmi d’autres chrétiens, à annoncer la Bonne nouvelle.
La dernière phrase du Courage d’être sonne comme une énigme : « Le courage d’être s’enracine dans le Dieu qui apparaît quand Dieu a disparu dans l’angoisse du doute. »
Dans son obscure clarté, elle nous invite à reprendre la lecture de ce livre de vie nous avons tenté, chers lecteurs du Protestant de l’Ouest, de parcourir ensemble en 10 épisodes !
Merci pour …votre courage d’attention!
…et bon été !
©︎ Éditions Labor & Fides
Les articles précédents
Paul TILLICH, « Le courage d’être » (1)
Paul TILLICH, « Le courage d’être » (2)
Paul TILLICH, « Le courage d’être » (3)
Paul TILLICH, « Le courage d’être » (4)
Paul TILLICH, « Le courage d’être » (5)
PAUL TILLICH, « Le courage d’être » (6)
PAUL TILLICH, « Le courage d’être » (7)
PAUL TILLICH, « Le courage d’être » (8)
PAUL TILLICH. « Le courage d’être » (9)