Il fait froid dans cette cathédrale de Nantes, en ce samedi soir de février. L’incendie de 2020 a fragilisé les pierres de la façade principale, au-dessus du portail central. Une grande partie du mur a été démontée ; une simple bâche remplace les pierres et ne protège guère du froid.
La cathédrale se remplit. Guidés par des bénévoles, 226 adultes s’installent sur les bancs de devant, au plus proche de l’autel. Ils sont serrés les uns contre les autres et sont recueillis : ils s’apprêtent à vivre une émotion intense.
Tandis que les familles et amis complètent, à l’arrière, les derniers bancs. Avec ma caméra, je remonte l’allée centrale pour faire quelques plans. Sur le côté, les prêtres et l’évêque forment une procession. Il est 18 h, la célébration de l’appel décisif commence.
Quelques mois plus tôt, lors des réunions de brief pour le tournage de la vidéo1 avec les services de communication et du catéchuménat du diocèse de Nantes, Isabelle et Charlotte m’expliquent. Ces 226 adultes, avant de recevoir le baptême, ont vécu pendant deux ans un temps de « catéchuménat ». Ils ont découvert, pour la plupart, l’enseignement de Jésus, la Bible, la relation à Dieu dans la prière et la vie en Église.
Durant la célébration de l’appel décisif, les « catéchumènes » seront appelés par l’évêque à renouveler leur engagement vers le baptême. Ensuite, un par un, ils formeront une procession. Ils seront nommés par leur prénom ; après quelques mots d’encouragement échangés avec un prêtre, ils recevront de sa part l’écharpe violette (couleur liturgique du carême). Beaucoup sont touchés aux larmes : ils sont désormais admis à recevoir le baptême le jour de Pâques. Quelques pas de côté pour signer le registre des futurs baptisés et marquer symboliquement leur engagement libre et officiel à recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie). Ce geste, appelé aussi « inscription des noms », exprime leur fidélité à l’appel de Dieu et à l’Église. Les registres signés sont ensuite confiés à la prière de l’Église par une communauté contemplative, pour qu’elle intercède pour ces futurs baptisés.
Au-delà de la célébration, leur nombre m’interpelle : 226 adultes de Loire-Atlantique ont reçu le baptême en 2026. Charlotte me confie qu’ils seront 400 en 2027 en Loire-Atlantique, qu’ils étaient 1 200 pour la région de Lyon et plus de 3 000 pour la région parisienne. La pyramide des âges est en faveur des jeunes adultes : 42 % ont entre 18 et 25 ans et 40 % entre 26 et 40 ans2. La doyenne, 77 ans, à Nantes, nous prouve que l’appel de Dieu arrive à tout âge. La sociologie est celle de notre société, mais elle offre quelques surprises, avec un sans-abri et deux musulmans. Il est à noter que 60 % sont des femmes, contre 40 % des hommes2.
Quelle est l’origine de ce tsunami de foi qui, en dix ans, a fait tripler le nombre de baptêmes d’adultes ?
Une épreuve, une maladie, un deuil sont souvent cités comme motivations, ou, plus naturellement, l’intérêt pour la religion catholique, voire une expérience spirituelle fortement vécue.
Mais, vraisemblablement, c’est la recherche de repères, si chère aux jeunes adultes, face à un monde incertain. L’Église rassure, et le parcours du catéchuménat propose un foyer, une tribu, une famille spirituelle, et tranche face à l’individualisme de notre société. En dernier lieu, la religion n’est plus un héritage, mais un choix conscient et personnel.
Il en va de même pour les baptisés en bas âge qui souhaitent renouveler leur foi en Christ via un parcours de confirmands pour adultes, les « recommençants ». Ils étaient plus de 11 000 en 20262 à avoir reçu, le jour de la Pentecôte, ce sacrement.

Face à cette montée des demandes de baptême chez les catholiques, observe-t-on la même déferlante au sein de l’EPUDF ?
Jean-Luc Cremer, président de l’EPUDF Ouest, relativise : les protestants représentent 3 % des chrétiens, et l’EPUDF, moins de 1 %. D’autre part, la densité du nombre de paroisses – une quarantaine pour la région protestante de l’Ouest (un quart de la France) – face à 71 clochers et 256 prêtres3, uniquement en Loire-Atlantique, donne une idée du déséquilibre des forces en présence.
Après quelques échanges avec des paroisses, la dynamique est différente d’une ville à l’autre. À Rennes, les pasteurs Hervé Stücker et Claire Oberkampf, au centre d’une ville de 73 000 étudiants, soit 10 % de la population de la zone urbaine, estiment être sur une sociologie très favorable. L’étude biblique « Soif de sens » rencontre un beau succès avec près de 60 personnes par semaine, dont 60 % de catholiques, sur un territoire où être breton et catholique est un pléonasme, ajoute Hervé Stücker avec humour. Il en va de même pour « EXPLORE », un culte autrement, pensé pour toute personne curieuse, croyante ou non, et pour tous les âges, en adoptant un vocabulaire accessible à tous.
Hervé Stücker confie que, sur 15 baptêmes par an, les deux tiers sont des adultes et beaucoup étaient vierges de toute culture chrétienne, car issus de familles d’athées. Pour Saint-Brieuc, son ancienne paroisse, le ratio était inversé : avec 7 à 8 baptêmes par an, seulement 2 étaient des adultes. Le pasteur Cyrille Payot confirme ce ratio pour le Cognaçais : il baptise un tiers d’adultes pour deux tiers d’enfants.
Hervé Stücker pointe la singularité de notre Église, la place donnée à la femme, l’inclusion par l’accueil inconditionnel et sans jugements, et rapporte, à ce titre, certaines mauvaises expériences vécues dans d’autres Églises de Rennes. En dernier lieu, le pasteur de Rennes souligne l’importance des canaux numériques (internet, réseaux sociaux), car la majorité des personnes en recherche passe par là.
Pour le pasteur Pierrot Munch, la situation est différente à Nantes, avec une sociologie où le monde étudiant représente uniquement 6 % de la zone urbaine. Les demandes de jeunes adultes ne représentent pas une demande importante : elles sont donc traitées au cas par cas, avec un parcours à la carte et individuel, via, par exemple, un parcours Alpha et une participation au culte, fortement encouragée afin de favoriser une amorce de vie communautaire. Le pasteur de Cognac a la même démarche. En écho au culte EXPLORE de Rennes, Nantes propose un culte plus accessible avec « Résonance » chaque premier dimanche du mois à 18h30. Un culte organisé autour d’un témoignage et d’un atelier artistique en libre-service, peindre en priant, tout un programme.
Par ailleurs, Pierrot Munch met en évidence la balance entre notre Église inclusive et « SA » libre conscience. L’Église catholique (voire évangélique), très présente en Loire-Atlantique, incarne des positions plutôt fermes entre le « permis/défendu », ce qui peut rassurer dans une quête spirituelle. « La conscience contre la règle », ponctue Pierrot Munch.
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