Cécile ou Job, patron(ne) des musiciens ?

Les trois « amis » de Job étaient-ils des musiciens ?

par Stéphane Griffiths, Eglise Protestante Unie de Poitiers

 

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Guitariste et adepte des chorales depuis très longtemps, j’ai toujours su que Sainte Cécile était la patronne des musiciens pour avoir participé à des rassemblements de chanteurs et musiciens.

 

En relisant le livre de James Lyon, « Chantez au Seigneur un chant nouveau, introduction à l’hymnologie » (Olivétan, 2008), j’ai été surpris d’apprendre qu’avant le XVIe siècle, c’est Job qui était le patron des musiciens. J’ai eu beau relire le livre de Job, je n’ai trouvé aucun indice pour le justifier. Farouchement opposé à l’IA, je me suis refusé à consulter ces faux amis après des recherches infructueuses sur internet.
Alors j’ai consulté le puits de sciences qui me sert d’intelligence non artificielle en cas de besoin, le pasteur à la retraite Roland Poupin, qui, dans l’heure, m’a répondu que cette tradition venait d’un écrit apocryphe « Le testament de Job », dont on trouve des versions intégrales sur différents sites.

 

« Le testament de Job » fait partie de la littérature pseudépigraphes (du grec, pseudos, « mensonge », et epigraphein, « écrire sur »). Il s’agit d’un livre non biblique qui peut avoir été écrit entre le VIe siècle av JC et le IIIe siècle après, donc dans les mêmes époques que les livres bibliques, mais trop farfelus pour avoir été intégrés dans le canon.
Et c’est vrai que la lecture du testament de Job montre qu’on est très éloigné du livre de Job de nos bibles. Mais on peut y lire :

Au chapitre 7, 26 :

« Je lui répondis: C’est moi et alors tous pleurèrent et se lamentèrent, et ils chantèrent un chant royal de lamentation, toute leur armée se joignant à eux en chœur. »

Au chapitre 10, 12 et 24 :
« Lorsque Eliphaz, Baldad et Sophar virent que le Seigneur avait gracieusement pardonné leur péché par l’intermédiaire de son serviteur Job, mais qu’il n’avait pas agréé de pardonner à Elihu, Eliphaz se mit à chanter un hymne, auquel les autres participèrent, leurs soldats se joignant à eux et se tenant debout près de l’autel. Après qu’Eliphaz eut terminé le cantique, nous nous levâmes et nous retournâmes dans nos villes respectives, chacun dans la maison qu’il habitait. »

Au chapitre 12, 1, 4-7 :
« Après que ces trois-là eurent achevé de chanter des cantiques, moi, Nahor (Néros), frère de Job, je m’assis à côté de lui, pendant qu’il était couché« .

 

Les trois « amis » de Job étaient donc musiciens et leurs chants pouvaient atténuer les douleurs de Job, musicothérapeutes avant l’heure. Job méritait donc bien d’être le patron des musiciens mais Sainte Cécile, qui vécut dans la première église à Rome et mourut en martyre, le détrôna au XVIe siècle. Sa nécrologie raconte que lors de son mariage, des musiciens jouaient et qu’elle chantait dans son cœur des hymnes à la gloire de Dieu.

Un autre passage dit que lorsqu’elle marchait vers son martyre, elle fut portée par une musique céleste. Peut être qu’à cette époque pour être « patron » d’une confrérie il fallait être sanctifié, ce que ne fût jamais notre pauvre Job.

 

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