Ouvrir les temples, à quoi ça sert ?

À l'approche des Journées du Patrimoine, trois Églises locales partagent leur expérience des portes ouvertes d'été.

À Blois

Par la pasteure Marie Pajot

 

S’il fallait résumer notre vécu de cet été à Blois en une phrase, ce serait probablement : des personnes entrent… parce que la porte est ouverte ! Cela paraît presque trop simple, et pourtant c’est bien ce qui m’a frappée en tant que pasteure. À Blois, beaucoup passent devant le temple sans vraiment savoir ce qu’il y a derrière la porte. Cet été, certains l’ont poussée. Des touristes, des gens de passage, mais aussi des Blésois qui connaissaient le bâtiment de vue depuis des années sans jamais être entrés. Et très vite, on s’aperçoit que la visite du temple n’est souvent qu’un prétexte — ou plutôt un point de départ.

 

On a commencé par parler du bâtiment, de son histoire, du protestantisme à Blois. Mais très vite j’ai eu d’autres questions : « Mais au fond, quelle différence avec les catholiques ? », « Qu’est-ce qui se passe ici le dimanche ? », « Pourquoi n’y a-t-il pas de statues ? », « Est-ce qu’on peut venir au culte si on n’est pas protestant ? » (Hélène, catholique), etc.
Et quelquefois, presque sans prévenir, la conversation change de registre. On parle d’une grand-mère protestante, d’une Bible restée dans la famille, d’un souvenir d’enfance, d’une foi laissée de côté depuis longtemps. Ou simplement d’une question que quelqu’un avait envie de poser mais ne savait pas vraiment à qui.

 

J’ai le sentiment que cela m’a fait aussi du bien d’accueillir. Ouvrir un temple, ce n’est pas seulement rendre un bâtiment accessible. C’est rendre possible une conversation, et les questions des visiteurs m’ont renvoyée aux miennes : « Qu’est-ce que nous voulons donner à voir de notre Église ? Comment raconter simplement ce que nous croyons ? » Et surtout : « Sommes-nous suffisamment attentifs à tous ceux qui passent devant nos temples sans imaginer qu’ils pourraient y entrer ? » (des paroissiens de l’équipe accueil).

 

Au fond, cet été a rappelé quelque chose d’assez basique : nous cherchons parfois beaucoup de moyens pour aller à la rencontre de ceux qui sont « dehors ». Il suffit peut-être aussi, de temps en temps, de commencer par laisser la porte ouverte. Parce que, vraiment, des personnes entrent… parce que la porte est ouverte !

Chaire installée en 1855, inscrite à l’inventaire départemental, avec son abat-voix impressionnant pour bien renvoyer la Parole vers l’assemblée

À Niort

Par Bernard Trocmé

 

Caché dans un coin de la place dite « du Temple », au milieu de rues piétonnes, il est difficile à dénicher. De plus, il apparaît la plupart du temps « fermé » donc probablement « inutilisé » ; voici une des premières paroles que nous entendons lorsqu’une personne franchit le seuil du temple. Ouvert de temps à autre les années précédentes, nous sommes passés à la régularité hebdomadaire depuis l’été 2025, et nous poursuivons sur ce rythme en 2026. Nombre de personnes reçues ? Entre 15 et 35 selon les caprices du temps pour chaque samedi de 15 à 18 heures !

 

Étonnement — simplicité alors que de l’extérieur, on s’attend à pénétrer dans une église (sans doute catholique) malgré le tableau d’affichage à gauche de la porte qui annonce la couleur de l’Église protestante unie ! Aucune statue, pas de décoration, un habillage de bois sur des murs blancs (au crépi délabré), une chaire imposante qui se voit de loin, pas de crucifix, une petite croix dénudée sur une table, à côté d’un gros livre, d’une assiette et d’une coupe en argent. Plein de bancs relativement imposants !
Alors le dialogue peut s’engager…

 

Étonnement — nombre de personnes (souvent âgées de la cinquantaine) entrent en disant : « Dire que mon père (ou mon grand-père) était protestant, que j’ai été baptisé(e) protestant(e) ; et pourtant je ne suis jamais entré(e) dans un temple protestant, alors que j’habite Niort ; le temple de mes aïeux ! » Ou bien : « Je ne suis jamais entré(e) ici dans ce temple de Niort, je suis d’origine catholique, et l’on nous disait toujours : « Ne fréquente pas les gens de la petite église, ni bien sûr les protestants… » » D’autres se disent en « recherche ». Ils voudraient comprendre et découvrir, mais quoi ? Ou qui ? Ils ne savent pas. Sinon, la discussion tourne beaucoup sur les différences entre catholiques et protestants qui sont réputés pour « ne pas croire en Marie »… Certains touristes étrangers demandent : « Qui paie pour la vie de votre Église et pour les pasteurs ? Est-ce l’État ? »
Enfin, il faut aussi avouer qu’un nombre important de visiteurs ne veulent pas communiquer. Ils entrent pour voir, mais ressortent aussi vite…

 

Un petit livret relate l’histoire du protestantisme, en plusieurs langues, et nombre de littérature provenant de l’EPUdF est à disposition.

À Saintes

Par Rob Gill

 

Cet été, nous avons ouvert le temple de Saintes sept fois, toujours l’après-midi, en variant les jours, lundi, vendredi et samedi. Majoritairement, les visiteurs étaient des Français, dont une minorité importante étaient des habitants de Saintes qui découvraient le temple pour la première fois. L’après-midi le plus populaire a été le samedi 8 août, avec 39 visiteurs, dont 12 saintais et 11 jeunes.

 

Il se peut qu’il y ait eu moins de visiteurs cette année à cause de la chaleur. Cependant, nous continuons à profiter du parcours Terra Aventura qui passe devant le temple et qui nous donne la possibilité de faire entrer des curieux dans le temple où nous avons aménagé des panneaux explicatifs sur le protestantisme, les éléments architecturaux du temple et notre communauté.
Les visites vont d’un simple tour rapide à des discussions approfondies. La durée de visite oscille entre 5 et 30 minutes. Les familles avec enfants sont souvent celles qui restent le plus. Pour les jeunes, nous mettons à disposition un livret et un puzzle au sujet du temple qui sont appréciés. Cette année, nous avons mis à disposition de l’eau dans une glacière, ce qui a été fort apprécié de nos visiteurs.

 

Quoiqu’il soit toujours intéressant d’expliquer l’architecture de notre bâtiment (inscrit comme Monument historique), la vraie valeur de ces visites réside dans les échanges qu’elles provoquent. Pour beaucoup de visiteurs, c’est la première fois qu’ils entrent dans un temple protestant, ce qui suscite des questions sur les différences entre le protestantisme et le catholicisme, et les éléments du culte protestant. Nous essayons toujours de faire en sorte que les visiteurs se sentent bien accueillis. Nous sommes à leur disposition pour répondre aux questions, mais en respectant le fait que ce n’est pas tout le monde qui veut échanger avec nous.

 

Ce sont les membres de notre association culturelle « Les Amis des Temples » qui assurent l’accueil, et je tiens à les remercier très chaleureusement de leur implication dans cette initiative.
Je pense qu’au moins la plupart du conseil d’administration serait ouvert à la possibilité de renouveler cette opération l’année prochaine, car la pratique de l’accueil et de l’hospitalité est toujours enrichissante pour nous.

">ici une vidéo de 5 mn sur les 6 piliers du protestantisme. 

À diffuser en boucle dans les temples !

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