Par Hélène Brochet-Toutiri, Église protestante unie de Barbezieux/Sud Charentes, et la pasteure Marie Pajot, Église protestante unie de Loir-et-Cher
En avril dernier, 5 membres de l’Église protestante unie de Barbezieux/Sud Charentes – Arlette, Corneille, Hélène B., Hélène V. et Margot – ainsi que 6 membres de l’Église protestante unie de Loir-et-Cher – Claire-Lise, Guillaume, Madeleine, Marc, Marie et Rodolphe – ont pris la route de la Thuringe, en Allemagne, pour une « visite apprenante » dans le cadre du projet Zacharie.
S’ancrer dans les besoins de ceux qui nous entourent
À Nöbdenitz, petit village de l’ancienne Allemagne de l’Est, nous n’avons pas trouvé de recette à rapporter. Et c’est sans doute tant mieux. Nous avons trouvé quelque chose de plus précieux : une invitation à déplacer notre regard et à ne pas mépriser ce qui commence modestement. Dans cette région profondément marquée par la sécularisation, le constat pourrait d’abord sembler décourageant : des églises de village délaissées, de moins en moins de chrétiens, une Église devenue très minoritaire. La communauté de Nöbdenitz aurait pu se résigner à disparaître peu à peu. Elle a choisi une autre voie : écouter, essayer, inventer. Sa devise dit presque tout : « Nous sommes voisins ! » Être Église commence alors par une question toute simple : de quoi les habitants ont-ils besoin ? Non pas d’abord : qu’avons-nous envie de leur proposer ? Mais : qu’attendent-ils, qu’espèrent-ils, qu’est-ce qui pourrait permettre de créer de la rencontre et de la vie ici ?
C’est ainsi que nous avons découvert une Église qui cherche à passer d’une « Église de village » à une « Église pour le village ». Les bâtiments eux-mêmes sont regardés autrement. On les restaure pour qu’ils servent : pour se rencontrer, partager des repas autour d’un four à pain, faire la fête, permettre aux anciens de bouger et même de danser, accueillir des mariages… mais aussi prier et lire la Bible ensemble. Rien de spectaculaire. Et c’est peut-être précisément là que se trouve l’essentiel.
Un atelier de fabrication de pain est devenu pour nous comme une parabole de ces quelques jours. Pétrir ensemble, attendre que la pâte lève, parler tout en faisant, puis partager ce que l’on a préparé. À la fin, un levain nous a été offert. À rapporter chez nous, à nourrir et à transmettre. Difficile de ne pas y voir une image de ce que nous étions venus chercher sans très bien le savoir : une foi qui ne se conserve pas précieusement pour soi mais qui circule, travaille la pâte de l’intérieur et se partage. Une manière aussi de penser l’évangélisation autrement : peut-être commence-t-elle moins par de grands programmes que par une présence, une écoute, un service rendu, une rencontre rendue possible.
Et puis, au milieu de toutes ces activités, il y a la prière. Simplement. Quelques mots, un texte court, une petite prière pour remettre au Seigneur ce qui est entrepris. Comme pour se rappeler que l’Église cherche à discerner ce que Dieu fait déjà et à s’y associer en essayant de devenir plus audacieuse ; comme pour se rappeler que l’Église ne cherche pas seulement à devenir plus inventive ou plus attractive.
Écouter, servir et faire confiance
C’est sans doute ce que le projet Zacharie nous invite à apprendre. Regarder autrement nos territoires, nos bâtiments, nos habitudes, mais surtout les femmes et les hommes qui vivent autour de nous. Écouter réellement ce dont ils ont besoin plutôt que de décider à leur place ce que nous voudrions leur apporter. Oser essayer, quitte à commencer petit. Car les commencements ne font pas toujours de bruit. Un repas partagé. Un four à pain. Quelques personnes qui dansent. Une porte que l’on ouvre. Une conversation qui commence. Une prière de quelques phrases. Un projet porté par trois ou quatre personnes… Est-ce vraiment si peu ?
Le livre de Zacharie pose justement cette question : « Qui donc dédaignait le jour des modestes débuts ? » (Za 4,10). Nous sommes donc revenus de Thuringe avec moins de certitudes, peut-être, mais avec une conviction commune : nos Églises n’ont pas nécessairement besoin de commencer par faire grand. Elles peuvent commencer par regarder, écouter, servir, essayer — et faire confiance.
À Nöbdenitz, on nous a offert un peu de levain. À Barbezieux-Sud Charentes comme en Loir-et-Cher, à nous maintenant de le nourrir et de découvrir, modestement, quelle pâte il pourra faire lever.