Culture d’Églises ou Église des cultures – Le défi de l’interculturalité

DÉFAP – Quelques échos du forum du Défap, Service protestant de mission, sur le thème de l’interculturalité dans l’Église.

Par Fabienne Chambry, Jacques Hautbois, Viviane Lévêque et Claudie de Turckheim, délégués de la Région Ouest

Forum du Défap en octobre 2026 (© Claudie de Turckheim)

Les délégués de la Région Ouest (© Claudie de Turckheim)

Du 2 au 4 octobre, le Défap (héritier des missions protestantes d’autrefois) invitait l’EPUdF et l’UEPAL à une réflexion sur l’interculturalité dans l’Église. Ce fut un beau forum, riche de rencontres, d’une belle hauteur intellectuelle et tout aussi belle profondeur spirituelle. Le cadre y était favorable ; en effet, nous étions au Lazaret de Sète, qualifié de  »navire amiral de la diaconie protestante nationale », selon l’avis… de son président. Nous y étions au moins 120 personnes de toute la France (et marginalement de Suisse et de Belgique) dont une bonne proportion nées dans ces territoires et pays (majoritairement d’Afrique subsaharienne) qui constituèrent l’empire colonial français et où s’exercèrent les missions. Il en est de même des intervenants (pasteurs, théologiens, anthropologues, sociologues…). Il y eut donc des conférences mais aussi des temps actifs de partage en petits groupes pour les participants.

 

 

Des divergences à identifier pour les dépasser

 

Le travail des missions a donc amené à la conversion à Jésus-Christ bon nombre de personnes en Afrique comme chez les descendants des esclaves aux Antilles. Aujourd’hui, ils sont nombreux (pasteurs comme simples paroissiens) à vivre en France métropolitaine. Ils ont créé leurs Églises mais ont souvent eu besoin des locaux prêtés par les Églises métropolitaines historiques.

La confrontation des Églises a donc été un fait obligé. Plusieurs intervenants ont mis en évidence que cette confrontation n’était pas allée de soi, qu’elle avait laissé des souvenirs douloureux (perception de racisme) et, plus surprenant, que tout cela pouvait encore perdurer. Les mêmes tiraillements peuvent être constatés quand des chrétiens africains (par exemple) viennent s’insérer dans des paroisses métropolitaines.

 

On peut citer plusieurs sujets de crispation :

  • La liturgie, le chant et de la place du corps dans le culte rendu au Seigneur (rythme, durée du culte, nature des chants, part faite à la danse, aux émotions).
  • Au niveau théologique et éthique : il peut y avoir de profondes divergences, par exemple et notamment sur les questions relatives à la sexualité et à l’accueil des personnes LGBTQIA+.
  • La gouvernance : le manque d’accès des minorités aux responsabilités ecclésiales.
  • L’héritage luthéro-réformé : la crainte de voir l’institution se transformer en Église évangélique.
  • La prédication : des attentes divergentes, certains déplorant un manque de profondeur, d’autres une approche trop intellectuelle.

 

Un pasteur ayant vécu toutes ces tensions témoignait de convergence et de communion possibles si on n’en reste pas à l’accueil et si on recherche une « vraie rencontre en profondeur ».

Pour cheminer dans cette voie, des enquêtes de terrain ont permis de dégager une méthode articulée autour de quatre pôles : Écouter – Discerner – Transformer – Accompagner (méthode E.D.T.A.) qui sera bientôt mise à disposition des paroisses.

 

 

L’apport des sciences humaines

 

On a bien compris par la suite que, pour faire fructifier cette méthode, il fallait mobiliser toute une série d’apports anthropologiques et sociologiques… Quelques flashs : notre socialisation grave en nous nos cadres culturels ; quelque chose qui est reçu (du domaine de l’avoir) nous devient constitutif (domaine de l’être) et on ne le voit plus (« la culture est à l’homme ce que l’eau est au poisson. L’œil voit à travers sans s’en apercevoir. »).

Dès lors, tout ce qui chahute en nous ces repères culturels peut être interprété comme une menace et susciter des réaction de rejet, de repli, de défense (« nous sommes égocentriques »).

 

À partir de là, les relations entre deux groupes culturels distincts peuvent connaître trois modalités :

  • La modalité « jungle » : c’est la loi du plus fort qui mène la danse et conduit à « l’assimilationnisme » ; on efface la diversité.
  • La modalité « zoo » : chacun dans sa case, c’est le « communautarisme ».
  • La modalité « ville » : c’est là qu’une dialectique féconde peut se jouer entre identité et ouverture à l’autre ; c’est tout le défi de l’inculturation ! (« Finalement, il faut se parler, c’est-à-dire se connaître, se comprendre et, en définitive… S’AIMER. »)

 

 

« Ne jamais laisser l’autre dans son coin »

 

C’est tout ce qu’essaient de vivre des organisations aussi diverses que la CEVAA et la CIMADE.

  • À la CEVAA (Communauté d’Églises en mission qui regroupe 35 Églises de 5 continents), on considère l’interculturalité comme vocation de l’Église et ceci veut dire : « Ne jamais laisser l’autre dans son coin, ne jamais lui demander de renoncer à qui il est », tout cela avec l’exigence de décoloniser les esprits comme les structures (n’est-ce pas cela « penser don sans penser aide » ?).
  • À la CIMADE (aide aux réfugiés et migrants), « l’humanité passe par l’autre » et l’on suit Lévinas quand il dit : « Dès que le visage de l’autre apparaît, il m’oblige. »

 

Finalement : En Église, « interculturalité », c’est ne jamais renoncer à se faire comprendre, à s’expliquer, à « traduire » pour l’autre ses conceptions.
« En interaction avec le monde nous portons alors le témoignage d’un interculturel pacifique » ; nous ne pouvons alors qu’être rempart face à la « montée des intolérances ». Ce serait notre plus belle forme d’évangélisation.

 

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