Dépoussiérer les Écritures sans en perdre l’essence : c’est le pari fou de Matthieu Cavalié avec son premier ouvrage La Bible au bistrot : Traduction linéaire de l’Évangile de Luc et des Actes des apôtres en argot. Publié en 2026 par Le Lys Bleu Éditions, ce livre insolite redonne une voix populaire, colorée et profondément humaine à deux textes majeurs du Nouveau Testament.
Le sacré en version originale populaire
Loin des dogmes rigides et du langage académique, l’auteur propose une immersion littéraire unique. En transposant l’Évangile de Luc et les Actes des apôtres dans un argot vivant, fleuri et percutant, l’auteur renoue avec la tradition première des Évangiles : des récits faits pour le peuple, racontés avec les mots du quotidien.Chaque chapitre devient une chronique de comptoir où les apôtres prennent des airs de tontons flingueurs et où les paraboles retrouvent une modernité saisissante. Cette traduction linéaire rigoureuse respecte scrupuleusement la structure des textes d’origine, tout en offrant une fluidité de lecture totalement inédite, accessible tant aux passionnés de linguistique qu’aux curieux.
Traduire l’Évangile en argot peut sembler déroutant, voire provocateur, mais ce choix répond à plusieurs intentions théologiques, pastorales et linguistiques sérieuses.
- Il y a d’abord une logique d’incarnation du langage. Le christianisme affirme que la Parole s’est faite chair. Le langage fait partie de cette « chair » : il est social, culturel, populaire. Traduire en argot, c’est refuser la sacralisation d’un registre linguistique unique pour rejoindre des façons de parler concrètes, vivantes, parfois marginalisées.
- Ensuite, un enjeu missionnaire et pastoral. Comme Martin Luther traduisit la Bible en allemand courant, l’objectif est de rendre le texte compréhensible sans médiation savante. Aujourd’hui, pour certains publics – jeunes, milieux populaires, personnes éloignées de la culture religieuse –, l’argot peut être plus parlant que le français classique.
- Mais s’y ajoute également une dimension critique. Une traduction en argot peut déstabiliser les habitudes de lecture et, ce faisant, faire entendre autrement des textes trop connus. Par ailleurs, elle veut révéler la radicalité ou la crudité de certaines paroles de Jésus, souvent trop adoucies par les traductions traditionnelles.

L’auteur : Pasteur de l’Église Protestante Unie de France depuis 25 ans, animé par une passion pour la richesse et la subtilité des textes bibliques, mais aussi par la langue verte, l’histoire et les dynamiques populaires, Matthieu Cavalié signe ici une œuvre singulière à la croisée des genres, démontrant que l’argot possède ses propres lettres de noblesse et une poésie capable de transcender les textes les plus célèbres de l’humanité.