Des propositions pour améliorer la vie pastorale
La figure du pasteur a changé. D’abord en prenant un grand recul : il y a 50 ou 70 ans, le pasteur était une forme de notable, le plus souvent président du conseil presbytéral. Il avait donc d’emblée une position d’autorité avec peu de contestation dans sa paroisse. À juste raison, l’Église a souhaité introduire plus de concertation dans les conseils presbytéraux en demandant que les pasteurs ne soient plus présidents. Cette nouvelle configuration a modifié la position du pasteur, avec une exigence nouvelle de travail en équipe, de recherche de consensus et d’acceptation de l’altérité.
Jadis, le pasteur était aussi en général un homme marié, dont l’épouse ne travaillait pas à plein temps et était dévouée à l’action de son mari ainsi qu’à la paroisse : organiste, catéchiste, cuisinière ou couturière pour la vente annuelle… Le pasteur trouvait un véritable soutien auprès de son épouse dans ces services concrets et dans la prière ensemble pour beaucoup de situations bien connues des deux. Avec l’évolution de la société, le conjoint, homme ou femme, de la ou du pasteur travaille à plein temps, ce qui a modifié sensiblement son soutien. Après une période de trop forte pression sur les conjoints des pasteurs, a suivi une période où la liberté du conjoint est devenue la norme. Ainsi, le pasteur se trouve souvent plus seul qu’auparavant face aux défis de son ministère.
Énergie et confiance
Par ailleurs, depuis 2020, le Covid a accéléré les sentiments de mal-être au travail et les réseaux sociaux renforcent sans doute encore l’individualisme qui a cours depuis des décennies. Le repli identitaire est le symptôme de personnes qui n’arrivent plus à trouver une solidité en elles-mêmes (et en Dieu !), ni un bien-être dans les relations qui comportent de l’altérité. Les pasteurs, comme les membres des Églises, n’échappent pas à ces fragilités. Aujourd’hui, la société prend davantage en compte les souffrances internes. Elle encourage même à en prendre conscience et à chercher des moyens pour les traiter. Là où un pasteur aurait peut-être serré les dents pour traverser telle ou telle situation, il est maintenant plus averti sur l’importance de prendre en compte ses souffrances internes et de refuser des comportements inappropriés, voire toxiques, qui peuvent provoquer ces souffrances.
Et la foi dans tout ça ? L’Évangile est appelé à pénétrer l’épaisseur humaine. Cela nécessite bien souvent un travail psychologique pour comprendre les racines de nos dysfonctionnements. La foi donne l’énergie et la confiance nécessaires pour affronter ce travail sur soi. Alors, c’était mieux avant ? Surtout pas ! L’Église gagne en progrès d’Évangile à chaque fois qu’elle progresse en concertation, en responsabilités partagées et en conversion ! L’Évangile progresse quand il dépasse le vernis de surface pour aller en profondeur ! En 2024, l’ancienne présidente de l’Église Protestante Unie de France, Emmanuelle SEYBOLDT, rappelait « qu’aucune communauté humaine n’est parfaite ». Une communauté saine permet à ses membres d’en prendre conscience et de laisser la lumière de l’Évangile éclairer chacun dans ces situations.
Des pistes pour mieux vivre le ministère
La situation actuelle, dans toute sa complexité, comporte de véritables opportunités pour l’Église de grandir dans sa vocation ! Une vocation en écho à l’appel du Seigneur : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra comme mes amis » (Évangile selon Jean, chapitre 13, verset 35).
- Formation et accompagnement fraternel des ministres. Pour les pasteurs, un défi majeur est d’apprendre à travailler en équipe, sans chercher une position surplombante. L’incarnation de la foi chrétienne demande un vrai travail sur soi, pour lequel une aide extérieure est souvent nécessaire. Pour les membres de l’Église et encore plus pour les conseillers presbytéraux, le défi est absolument le même !
- Travail en équipe et en réseau dans une expérience communautaire. Les conseils presbytéraux, les bureaux, les relations présidents-pasteurs, avant d’être des lieux de gouvernance, sont appelés à être des lieux de communauté chrétienne fraternelle, où l’on peut prier ensemble, s’édifier mutuellement par la Parole et la prière, apprendre à sortir des rapports de pouvoir ou d’intérêts particuliers, pour parler en « je », risquer une parole, oser se montrer vulnérable. Cette expérience d’altérité et de communauté est une véritable école pour apprendre à discerner ensemble comment l’Esprit conduit l’Église.
- Les conseils portent une responsabilité importante pour le bien-être de leur pasteur. « Laissez-vous guider par l’amour pour vous mettre au service les uns des autres. […] Mais si vous agissez comme des bêtes sauvages, en vous mordant et vous dévorant les uns les autres, alors prenez garde : vous finirez par vous détruire les uns les autres » (Épitre aux Galates, chapitre 5, versets 13 b et 15).
N’est-ce pas un appel à refuser tout conflit d’ego, toute tentative de contrôle, toute querelle stérile ou mortifère, toute parole blessante ou humiliante, toute manipulation ? Au contraire, choisir un dialogue constructif, ouvert et sans préjugés, c’est se donner les moyens d’expérimenter, même imparfaitement, « que tous soient un, pour que le monde reconnaisse Celui qui nous envoie ».