Par la pasteure Ariane van der Hoog, Église protestante unie de Poitiers
Depuis 2021, l’EPUdF s’engage dans une conversion écologique. Comme dans d’autres Églises, chez nous aussi, la prise de conscience de l’urgence écologique se fait petit à petit. Un site dédié en témoigne (voir https://ejc.epudf.org/), et j’en repends des éléments.
Une prise de conscience tardive
Nous venons de loin. Les Églises luthériennes et réformées françaises n’avaient pas souhaité donner suite au processus conciliaire « Justice, Paix et Sauvegarde de la Création » lancé par le Conseil Œcuménique des Églises à Vancouver en 1983, contrairement à beaucoup d’autres Églises-membres. On peut s’en étonner aujourd’hui, mais les responsables de l’époque estimaient que Dieu n’avait pas besoin de nous pour soigner sa Création, et le lien entre justice, paix et écologie n’était pas vu.
Cette position fut marginale dans les Églises d’Europe, et un premier rassemblement œcuménique européen se tint à Bâle en mai 1989 sur le thème « Paix et justice pour la création entière ». La même année, le patriarche œcuménique Dimitri Ier déclara que le premier septembre serait un jour de prière pour la sauvegarde de la création pour les orthodoxes. Cette date marque le Nouvel An liturgique pour les orthodoxes et commémore la création du monde par Dieu.
Bartholomée Ier, le successeur de Dimitri Ier depuis 1991, fut encore plus engagé sur les questions d’écologie que son prédécesseur. C’est ainsi que lors du 3ème rassemblement œcuménique de Sibiu en Roumanie de 2007, les Églises orthodoxes proposent un Temps pour la Création, du premier septembre jusqu’au 4 octobre, date de la fête de Saint François d’Assise, dont le Cantique des Créatures trouve un écho bien au-delà de l’Église catholique romaine.
À la suite du rassemblement à Sibiu, quelques théologiens, scientifiques et militants écologistes français créent en 2009 le réseau Bible et Création (aujourd’hui Espérer pour le vivant). Son rôle est d’interroger théologiquement notre rapport à la situation écologique. Les membres de ce réseau interpellent régulièrement les Synodes régionaux.
En juin 2015, la pape François publie l’encyclique Laudato Si’ et désigne également le premier septembre comme journée de prière pour la Création. Laudato Si’ aura un impact considérable. Les mentalités évoluent. Le Synode national réuni à Nancy en mai 2016 demande au Conseil national de mettre à l’ordre du jour d’un prochain Synode la question de l’écologie « comme opportunité spirituelle et théologique de penser et débattre de notre rapport au monde, à la nature et à l’espérance d’un monde meilleur ». En 2017 est créé le label œcuménique Église Verte, porté du côté protestant par Bible et Création et par la Fédération Protestante de France.
La demande de 2016 à Nancy aboutira à la décision du Synode national de Paris-Sète 2021 qui demande au Conseil National, entre autres, de « promouvoir et soutenir la démarche Église Verte auprès des paroisses et Églises locales de l’Union, et des œuvres et mouvements » et d’« inciter à intégrer la dimension écologique dans la liturgie par des textes adaptés ». Par ce biais, quatorze ans après le rassemblement de Sibiu, le Temps pour la Création commence à être reconnu dans notre Église.
L’Église catholique romaine, quatre ans après la création d’une journée de prière dédiée, avait instauré un Temps pour la Création en 2019. Depuis, ce Temps devient un véritable projet œcuménique international. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site https://seasonofcreation.org/fr.
Laisser émerger de nouvelles énergies
Le texte adopté à Sète en 2021 est intitulé « Écologie : Quelle(s) conversion(s) ? » L’actualité climatique et politique rend la question chaque année plus urgente. Peut-être que la première chose à faire est de prendre vraiment le temps pour se la poser, sincèrement, personnellement et communautairement. L’urgence pourrait être de s’interroger sur notre tendance à aller toujours plus vite, plus loin.
Cette accélération est le nœud du problème, et pour en sortir, nous n’avons pas d’autre choix que de prendre du recul, d‘accepter de sentir corporellement ce que ça nous fait que notre monde se défasse. D’accueillir et de reconnaître notre angoisse, notre tristesse, notre colère, notre sentiment de culpabilité. Juste l’accueillir, sans le juger, sans essayer de nous rassurer. Juste laisser être ses émotions et ses pensées n’est pas si simple, mais c’est ainsi que quelque chose en nous pourra se détendre. C’est ainsi que de nouvelles énergies pourront se libérer, un nouveau courage aussi.
Je vous souhaite un bon Temps pour la Création.