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L’embarquement des pèlerins
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Le Protestantisme par la peinture
©︎ Domaine public
Par Éric Deheunynck, Liens protestants
« L’embarquement des pèlerins » est l’œuvre la plus célèbre de Robert Weir. Commandée par le Congrès en 1837, elle est placée dans la rotonde du Capitole à la fin de l’année 1843.La toile représente le départ des puritains pour le Nouveau Monde. Mais derrière l’évènement historique3, cette œuvre nous parle surtout de l’Amérique et de ses mythes fondateurs…
Sous le règne d’Élisabeth Ière, les puritains ne sont pas encore des séparatistes ni des dissidents, mais un mouvement interne à l’Église d’Angleterre. Ils se font entendre d’abord sur les questions liturgiques en refusant l’agenouillement, le signe de croix, les fêtes des saints, les vêtements sacerdotaux. Ils ont le sentiment d’être des godly (saints) qui doivent réformer l’Église d’Angleterre, la débarrasser des « guenilles du papisme ». La Réforme en Angleterre doit être achevée.
Le souverain étant chef de l’Église d’Angleterre, les questions religieuses deviennent facilement politiques ! Sous le règne d’Élisabeth Ière, dès 1588, apparaissent les premières persécutions. En 1593 John Penry, l’auteur du Marplelate tracts (un pamphlet contre les évêques), est arrêté et pendu pour crime de rébellion ! Le roi Jacques Ier poursuit cette politique de persécutions. Des puritains sont exécutés, emprisonnés, destitués. Ainsi John Robinson, ministre du culte de l’Église d’Angleterre, est suspendu par son évêque en raison de ses convictions puritaines. En 1608, il s’enfuit avec un groupe de cent personnes et arrive en Hollande. Les puritains y forment une modeste minorité qui a les plus grandes difficultés à maintenir ses convictions religieuses, sa langue et ses coutumes. L’assimilation menace la communauté. Progressivement l’idée de partir pour les Amériques fait son chemin.
L’artiste n’a pas représenté le Mayflower comme on aurait pu s’y attendre. Il remonte un peu plus loin dans le temps, et nous transporte en Hollande. Il nous fait monter à bord du speedwell avec les premiers pèlerins. Les avaries leur feront changer de navire en Angleterre. Ils traverseront l’Atlantique à bord du Mayflower.
Nous sommes le 22 juillet 1620 à Delfshavens. Un groupe de puritains en prière implore la protection divine avant le départ ; les mots « Dieu avec nous » apparaissent sur la voile dans le coin supérieur gauche. Les personnages au centre de la composition sont des acteurs clé de l’expédition :
Autour d’eux se rassemblent les hommes, les femmes et les enfants. Certains sont vêtus de vêtements puritains traditionnels tandis que d’autres portent des habits plus colorés. Une armure, un casque et un mousquet sont déposés sur le pont au premier plan. La protection des puritains ne sera pas que divine. En arrière-plan, on peut voir à droite, la ville hollandaise et à gauche, un arc-en-ciel symbole de l’alliance entre Dieu et ses créatures.
Le tableau renvoie à une lecture mythique de l’histoire américaine incarnée par les puritains qui peut se résumer en quelques mots clés.
Dieu : Les puritains partent au nom de la foi. Tout est placé sous le regard de Dieu. Un groupe en prière, un arc-en-ciel, une Bible. Ils doivent fonder une nouvelle Sion, une ville sur la colline. Leur départ s’inscrit dans une mission divine.
Évidemment les mythes ne disent pas tout. Le voyage fut périlleux et la moitié des passagers mourut dans l’année. Il n’était pas question de fonder une nouvelle colonie mais de rejoindre celle déjà implantée en Virginie. Débarquer en décembre s’est avéré périlleux. Il a fallu tomber sur les provisions des indiens pour passer ce premier hiver. La chance diront certains, la Providence diront les autres. Ces mythes ignorent le sort des Indiens, dépossédés, exterminés, et encore plus celui des esclaves noirs, dont la présence est un paradoxe dans un pays fondé au nom de la liberté !
1 Robert Walter Weir (1803 – 1889) fut un artiste américain en grande partie autodidacte, professeur d’art à l’Académie militaire de West Point.
2 En 1857, Weir peint une version plus petite qui se trouve maintenant au Brooklyn Museum of Art.
3 L’évènement est décrit par Nathaniel Morton dans le New-England’s Memorial de 1669.