
Synode régional Ouest — 21-23 novembre 2025
Angers
Monsieur le modérateur, madame, monsieur les vices modérateurs, chers synodaux, chers amis,
Nous voici réunis pour ce 13ème synode régional de l’EPUdF en région Ouest.
Pour ceux qui nous rejoignent pour la première fois, soyez les bienvenus.
Je suis né dans l’Eglise. J’ai grandi dans la famille de l’Eglise Réformée de France, devenue aujourd’hui Eglise Protestante Unie de France. Et depuis 63 ans, je vois les hommes et les femmes qui la fréquentent regarder Jésus passer.
Jésus passe, et nous le regardons comme la foule qui, le long des chemins de Galilée, ou au bord du lac de Tibériade, ou encore à Jéricho, regardait cet homme parler de Dieu, de nouvelle naissance, d’un nouvel avenir possible.
Jésus passe et nous sommes sur le bord du chemin dans la foule de curieux, intéressés.
Cela fait des années que nous regardons. C’est une certaine stabilité qui permet de nous rassurer. Car à force de regarder, rien ne change, et le passé, le présent et l’avenir gardent une même constance, même si des évènements autour de nous essaient de perturber notre regard.
En relisant les comptes-rendus des synodes passés, je vois bien que les mêmes sujets perdurent, les mêmes questions financières se posent. Les synodes les uns après les autres regardent Jésus passer.
Notre Eglise est championne en stabilité.
Pourtant, l’Eglise comme la foule est constituée de milliers, de millions de personnes. Les couleurs, les odeurs, les langues, les voix sont multiples. Chacun est unique, chacun veut voir Jésus qui passe. Mais rien ne se passe de particulier. Ensemble, nous sommes muets, comme neutralisés par la stabilité qui semble perpétuelle.
Surtout ne pas faire de vagues. Conserver le passé, qui est toujours mieux que le présent. Regarder en arrière et vivre de regrets. Cela nous empêche de réagir, nous enferme dans ce qui nous précède.
Alors mon propos est sûrement trop injuste, et c’est vrai que nous essayons vaguement de changer des choses. Certains cultes sont un peu différents, les textes liturgiques osent des mots plus actuels, nous essayons d’attirer des personnes en nous adaptant aux façons de faire de la société. Nous essayons d’être sympathiques, nous lissons notre langage. Nous chantons silencieusement notre louange, car il ne faudrait quand même pas trop exprimer notre foi.
Et tout cela nous permet toujours de regarder Jésus passer.
Evidemment que nous avons peur. Nous avons peur de trahir la théologie en réagissant à la lecture de textes. Nous avons peur de ne plus être fidèle aux Ecritures. Nous avons peur de sortir de ce que nous connaissons. Nous avons peur de laisser la réflexion au profit de l’affect. Comme si un geste, une démarche, un cri, une parole qui arrêterait la marche de Jésus que nous regardons passer, serait une trahison au passé, et à l’attitude tacite que nous avons entre nous de ne surtout pas l’arrêter.
Pourquoi cette torpeur ?
Pourquoi alors que le passé étouffe, que le présent est difficile, terrible et que l’avenir fait peur, nous continuons de regarder Jésus passer ?
Pourquoi alors que nous connaissons Jésus, nous savons qu’il est le Christ, rien ne vient transformer notre regard et transformer nos engagements de foi ?
Ce jour-là à Jéricho, Zachée a tout fait pour voir Jésus.
Il est sorti de chez lui. Il ne pouvait rien voir car la foule devant lui l’empêchait de voir Jésus passer. Et à cause de sa petite taille qui lui barrait la vue, il court, il monte dans un sycomore pour le voir lorsqu’il va passer. Son statut social n’a plus court ce jour-là.
Lui, Zachée, fait arrêter Jésus dans sa marche. Lui, fait sortir la foule de sa torpeur.
Ce synode est basé sur le thème de l’ouverture.
L’ouverture au monde, à l’autre, à celui qui est différent, qui pense différemment, qui prie différemment. Est-ce que cela va nous faire sortir de notre confort, de notre torpeur ? En quoi ce thème nous fait-il grandir dans notre foi ?
L’Eglise universelle.
Vous avez débattu en conseil presbytéral en suivant tout un questionnaire, auquel, je crois, il n’était pas très facile de répondre en groupe, mais qui vous a permis de lever la tête et voir que nous ne sommes pas seuls à vivre l’Eglise.
Pour souligner d’une autre façon ce thème de l’ouverture, le Conseil régional a demandé au pasteur Pierre Blanzat, délégué à l’œcuménisme pour la Fédération Protestante de France, de nous conduire dans les moments d’aumônerie. Merci à lui.
Lors du dernier synode régional, dans mon message, je vous partageais les mots suivants :
Alors s’ouvre devant nous quatre années durant lesquelles nous allons vivre des changements dans la vie de l’Eglise.
N’ayons pas peur, travaillons ensemble.
N’hésitons pas à rencontrer les Eglises locales qui ont vécu une visite apprenante.
N’hésitons pas à encourager des personnes à s’interroger sur leur possibilité de travailler pour l’Eglise.
Encourageons-nous les uns les autres. Sachons remercier les personnes qui donnent du temps dans leur Eglise locale. Ne soyons pas frileux et repliés sur nous-mêmes.
Suite à ces mots, qu’avez-vous remarqué depuis un an ?
Y a-t-il des changements dans l’Eglise que vous commencez à entrevoir ?
Êtes-vous mis brutalement devant des changements que vous devez assumer ?
Vivre le changement est toujours quelque chose de difficile. C’est peu de le dire. Il est alors primordial de ne pas rester sans rien faire.
Vous avez pu lire dans le rapport du Conseil régional plusieurs questions que nous posons dans le cadre des changements dans la vie de l’Eglise. Nous avons aussi écrit une feuille de route avec des propositions de travail pour avancer dans le témoignage, la formation, l’accompagnement.
Nous espérons vraiment que la direction que nous proposons permettra de vous accompagner.
Chaque année, notre région voit des collègues partir, et d’autres arriver, même si depuis 5 ans il y en 10 de partis pour 5 arrivés.
Pablo et Patricia Sacilotto sont repartis au Brésil, Loïc de Putter a rejoint la Fondation John Bost, Éric Perrier a fait valoir ses droits à la retraite, Bertrand Marchand a répondu favorablement à l’appel de la région Nord-Normandie pour prendre le poste de Président du Conseil régional.
Nous sommes heureux d’accueillir Patrice Fondja à Saint-Nazaire, et Daniel Schrumpf au Mans.
Nous accueillons aussi Karine Michel qui fait une suffragance longue durée à Brest Nord-Finistère, et Mélanie Pérès qui a commencé ses études de théologie et donne un temps partiel à la paroisse du Pays Niortais.
En préparant ce synode, pour compléter le texte de Luc 19 et l’histoire de Zachée, je vous propose un autre texte comme une direction à vous partager, pour vivre ce synode et notre vocation dans l’Eglise :
Ésaïe 54,2 (LSG)
« Élargis l’espace de ta tente ;
Qu’on déploie les couvertures de ta demeure ;
Ne retiens pas ;
Allonge tes cordages,
Et affermis tes pieux. »
Tout est dit.
L’invitation du prophète Esaïe est audacieuse : alors que plane le découragement, elle demande de se préparer joyeusement et sans tarder au futur que Dieu ouvre à son peuple, un futur plein de risques et de promesses. Pour cela, Esaïe sous-entend qu’il faut envisager de changer, refuser de s’enfermer dans la répétition de ce qui a été fait. Dieu le dit plus nettement ailleurs : « Voici que je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne, ne le voyez-vous pas ? » (Ésaïe 43,19).
Recevoir cette parole nous bouscule alors même que nous avons parfois l’impression d’être délaissés. Nos contradicteurs n’hésitent pas à déclarer que nous avons fait notre temps, que nos méthodes, notre regard sur la société, notre attachement au combat collectif sont dépassés.
Que faire ? Nous replier sur nos convictions ? Nous mettre sur la défensive ?
Les paroles du prophète nous invitent à une autre attitude que je résume en cinq points :
Assumer nos fondamentaux. Le monde et l’Église changent et nous devons accepter, nous aussi, de changer si nous voulons rester fidèles aux intuitions fondatrices. La véritable fidélité n’est pas immobilisme mais retournement.
Identifier de nouveaux défis. Ces changements constituent autant de défis à relever et nous obligent à affronter l’inconnu.
Reconnaître nos enfermements. Affronter l’inconnu réclame que nous acceptions de reconnaître quelques limites pour traverser ce qui fait blocage.
Définir des orientations audacieuses.
« Allonger les cordages, renforcer les piquets » (Ésaïe 54,2).
Ces mots du prophète Esaïe visent des actions précises afin que l’espace de la tente soit accueillant et solide. Ils ouvrent la cinquième orientation, toute simple :
À vous, à nous d’agir.
À vous, à nous, de nous saisir des orientations précédentes, de les discuter, de les mettre en œuvre localement. Avec audace. Avec créativité. Avec foi. Avec les autres.
Ce synode peut être un déclencheur qui nous permet d’arrêter Jésus dans sa marche et de nous laisser interpeller en lui demandant de demeurer aujourd’hui dans notre maison.
Zachée l’a accueilli tout joyeux. Et nous, allons-nous l’accueillir ?
L’accueillir, c’est un engagement, une décision, une véritable conversion. C’est accepter de vivre avec les autres, les autres Églises, témoigner avec elles. L’Église universelle, ce ne sont pas les quelques personnes d’autres Églises que nous côtoyons de temps en temps. L’Église universelle, c’est savoir que sans la présence des autres chrétiens dans le monde, nous ne pourrions vivre en Église ce à quoi nous sommes appelés.
Je voudrais terminer ce message en vous partageant l’appel lancé à l’ensemble des chrétiennes et des chrétiens : message de la Sixième Conférence mondiale de Foi et Constitution (Conseil œcuménique des Églises), tenue du 24 au 28 octobre 2025 dans le Wadi Natroun, en Égypte.
Nous partageons une même foi en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui nous unit par-delà le temps et les traditions. La foi trinitaire ne se résume pas à un héritage à préserver ; c’est une eau vive qui s’offre par nos paroles et par nos actes. Il ne nous est pas seulement demandé de croire, mais de cheminer aussi par la foi (2 Corinthiens 5,7) : de mener des vies d’espérance, d’amour et de transformation en vue de la guérison et de la réconciliation des nations et de la bonne création de Dieu.
Que le Seigneur, qui s’arrête pour venir chez nous, nous donne la force de mettre en pratique cet appel.
Bon synode.