Visio spéciale I.A. : Replay et compte rendu

Le rendez-vous mensuel de la visioconférence des communicants a fait l’objet, en mai 2026, d’une édition spéciale consacrée à l’intelligence artificielle.

Le rendez-vous mensuel de la visioconférence des communicants a fait l’objet, en mai 2026, d’une édition spéciale consacrée à l’intelligence artificielle. Avec plus de 50 participants en direct, la mobilisation a confirmé l’intérêt croissant pour ce sujet.

Après la traditionnelle prière des communicants, le résultat du mini-sondage a permis d’évaluer le niveau de connaissance de l’outil : 70 % des participants déclarent avoir déjà une expérience avec l’IA, et 71 % d’entre eux utilisent ChatGPT. Que vous inspire l’IA ? Les réponses sont contrastées : 48 % des répondants se disent intéressés, voire intrigués, tandis que 43 % restent inquiets. Enfin, vos attentes pour cette réunion ont été sondées : 80 % souhaitent explorer les opportunités de l’IA pour l’Église, 68 % s’interrogent sur les risques éthiques, et 58 % attendent des cas d’usage concrets pour notre communication.
Lire la prière des communicants

 

 

Intervention d’Étienne Pernot

Étienne Pernot, directeur de recherche en intelligence artificielle, a ouvert les débats en définissant les concepts d’IA générative et d’IA agentique. Optimiste quant aux apports de l’IA pour la médecine, il a aussi alerté sur ses limites, citant notamment la désinformation. Il a évoqué des exemples concrets de « blanchiment d’information », comme la réécriture par la Russie du conflit avec l’Ukraine à son avantage. Un autre danger identifié est l’appauvrissement des modèles d’IA, nourris par des données issues d’Internet, lui-même de plus en plus généré par l’IA, créant ainsi « la consanguinité » des données. En conclusion, Étienne Pernot a partagé ses inquiétudes quant au « mur » de l’IA dans une dizaine d’années, lié à la surexploitation des terres rares et à la surconsommation énergétique des data centers. Il a rappelé les thèses du philosophe protestant Jacques Ellul, qui prédisait dès les années 1980 un effondrement technologique.

">Voir la vidéo en replay d’Etienne Pernot

 

 

Tuto Flash pour les débutants en I.A.

Pour les 30 % de participants n’ayant pas encore utilisé l’IA, un tuto express a été proposé. Un prompt a été rédigé pour ChatGPT et Mistral, l’IA française : « C’est quoi l’Esprit Saint ? ». Les deux outils ont produit une présentation écrite. Ensuite, une demande de création d’image a été formulée pour illustrer l’Esprit Saint. Chaque IA a généré deux visuels représentant une colombe nimbée de rayons lumineux. Enfin, un tableau complexe à triple entrée a été demandé. Après neuf prompts, l’IA a présenté une cartographie des grands acteurs de l’IA, répartis par fonction et par zone géographique (États-Unis, Europe, Chine), mettant en évidence l’avance américaine, la performance chinoise et le retard européen.

">Voir la vidéo en replay du Tuto Flash

 

L’I.A. pragmatique selon Louis Pernot

Louis Pernot, pasteur à l’Église protestante unie de l’Étoile à Paris, a présenté « Eugène », l’outil d’IA intégré au site internet de sa paroisse (https://etoile.pro). Ce chatbot, nourri par la bibliothèque numérique de la paroisse et strictement limité aux sujets religieux, répond à des questions variées, allant de la vie de Calvin au prédicateur du culte du dimanche prochain.
Louis Pernot a souligné les avantages de l’IA pour le traitement des données et l’amélioration du référencement du site, rappelant qu’un contenu sans visibilité est un contenu inutile. Il a partagé son usage personnel de l’IA pour la rédaction de textes ou de prédications, en appliquant la règle « IA : pas avant moi, mais  après moi », afin de ne pas stériliser sa pensée initiale. L’IA intervient en seconde intention, pour identifier des pistes manquantes dans sa réflexion. « Le pasteur ne doit pas être le perroquet de l’IA », a-t-il insisté.
Conscient des limites de l’outil, notamment en matière de paresse intellectuelle, il confie volontiers à l’IA les tâches subalternes, sans valeur ajoutée, la considérant comme « un assistant personnel ». « Et Dieu dans tout cela ? », pour lui, l’IA est totalement désincarnée : elle ne fait que compiler l’existant, sans réelle capacité d’innovation et d’invention, alors que Dieu est un Dieu créatif, tourné vers l’avenir.

">Voir la vidéo replay de Louis Pernot

 

L’I.A., une fascination pour Émile Barbu

Émile Barbu, responsable de la communication de l’EPUDF en région parisienne, a partagé ses cas d’usage. Contrairement à Louis Pernot, il utilise l’IA pour surmonter le syndrome de la page blanche. L’outil lui propose des pistes de réflexion pour la rédaction d’articles, ou agit « comme un ami de classe » avec qui échanger pour approfondir une idée. L’IA lui fait gagner du temps, notamment pour la rédaction de comptes rendus ou la mise en page d’articles pour la revue régionale.
Émile Barbu estime que l’IA est sous-exploitée. Il découvre chaque jour de nouveaux cas d’usage pour améliorer sa productivité ou nourrir sa réflexion. Cependant, il reconnaît que l’IA n’est pas exempte de biais, et que l’orientation des super IA pourrait représenter un danger à terme. Il veille à bien régler le niveau de réflexion de ChatGPT pour éviter une surconsommation de ressources de calcul. Il se définit volontiers comme un « technophile » ou « IA-phile » convaincu, fasciné par cet outil.

">Voir la vidéo en replay d’Emile Barbu

 

 

Stéphane et Marianne, réfractaires à l’I.A.

Cette visioconférence a aussi donné la parole à deux « IA-phobes ». Stéphane Griffiths, président du Protestant de l’Ouest, a exprimé ses craintes en tant que musicien et père de quatre enfants musiciens professionnels. Il a souligné l’impact massif de l’IA dans la création de contenu : 20 000 nouveaux titres sont produits chaque jour par cette technologie, et 97 % des auditeurs ne font plus la différence entre une musique authentique et une musique générée par IA. Il s’interroge sur l’avenir des métiers de la création visuelle, comme celui des infographistes. « Ce qui est mauvais pour mes enfants est mauvais pour nous tous », a-t-il déclaré. Ses préoccupations portent aussi sur les ressources écologiques et l’appauvrissement de l’emploi.
Marianne Rey-Lescure, présidente du conseil presbytéral de Châtellerault, a partagé sa peur face à l’avènement d’un monde dystopique et d’un « Big Brother » qu’elle juge effrayant. Elle refuse d’utiliser l’IA générative et a constaté, en tant que professeure d’histoire-géographie, les ravages de la paresse intellectuelle chez ses élèves, de plus en plus en difficulté pour construire un raisonnement. Elle reconnaît cependant des vertus à l’IA dans les domaines des déplacements, de la médecine ou de l’astrophysique. L’utilisation de l’IA à des fins militaires, comme les drones en Ukraine ou à Gaza, la terrifie. Elle s’inquiète aussi de la transformation de la Parole de Dieu via des applications comme « Text Jesus », où il est possible de dialoguer avec Jésus par chat. « Cela risque de perdre les étudiants en théologie et d’abaisser le niveau intellectuel des pasteurs », a-t-elle alerté.

 

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

">Voir la vidéo replay de Stéphane Griffiths et Marianne Rey-Lescure

 

I.A. et écologie,  les enjeux par Corinne Bitaud

Corinne Bitaud, chargée de mission écologie à l’EPUDF, a abordé les impacts environnementaux de l’IA.
Avant même son essor en 2022, le numérique représentait déjà l’équivalent des émissions des poids lourds à l’échelle mondiale. Certaines métriques existent : l’entraînement du modèle ChatGPT-3 a émis autant de CO2 que 500 vols transatlantiques.
En matière d’énergie, un prompt ChatGPT consomme dix fois plus qu’une requête Google, et une image haute définition équivaut à la recharge d’un smartphone. Le nombre de data centers a explosé, passant de 500 000 en 2012 à 8 millions fin 2025, et leur consommation énergétique devrait être multipliée par 4,4 d’ici 2035. La consommation d’eau pour l’IA est estimée entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes. L’extraction des terres rares, très polluante, menace les écosystèmes. Les déchets électroniques des data centers et les effets indirects, comme la surconsommation (comme les vêtements Shein)  ou les usages militaires, aggravent encore l’empreinte écologique.
Julia Meyer, ingénieure à l’Ademe, a confirmé que le développement de l’IA semble incompatible avec les objectifs climatiques.
Corinne Bitaud a conclu en appelant à la frugalité et à un usage modéré de l’IA. Un référentiel général de l’IA frugale a été publié par l’AFNOR en juin 2024 (SPEC 2314), définissant les bonnes pratiques pour réduire son impact. Les recommandations incluent : limiter l’usage, choisir des modèles adaptés, consolider les requêtes, réduire la longueur des prompts et favoriser la transparence pour les concepteurs d’IA.

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

">Voir la vidéo de Corinne Bitaud

 

 

 

I.A. et éthique : la démarche catholique

Bernard Jarry-Lacombe, chargé de mission IA pour la Conférence des évêques de France, a présenté l’approche de l’Église catholique. Depuis 2020, le Vatican a identifié, via le Rome Call for AI Ethics, six valeurs résumées par le mot-valise « algoréthique » (algorithme + éthique) ou éthique by design :

L’usage de l’IA dans l’Église catholique semble similaire à notre Église protestante. Chaque paroisse est libre et indépendante de son usage. Sur le plan de l’organisation de l’église des projets existent notamment sur la numérisation, afin d’homogénéiser les documents. D’autre part des expérimentations sont en cours sur des assistants virtuels (proche des projets de la paroisse du pasteur Louis Pernot).

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

">Voir la vidéo de Bernard Jarry-Lacombe

 

 

I.A. Annonces

Le président du Conseil national de l’EPUDF, Christian Baccuet, a mandaté un groupe de réflexion sur l’IA, composé de Jérôme Bord (IPT, maître de conférences en philosophie et éthique), Éric Jullien (président du conseil presbytéral de Compiègne) et Thibault Viort (chef d’entreprise dans la tech). La première réunion s’est tenue début mai.
Par ailleurs, la Formation Permanente des pasteurs organise, du 7 au 14 octobre, un stage intitulé « Nouvelle intelligence, nouveaux défis. L’IA au prisme de la foi et miroir de l’humain ». Contact : Pasteur Maximilien Luzeka (UEPAL), past.maxiluzeka@gmail.com.

Formation Permanente des pasteurs

 

 

Vidéo intégrale

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

">Retrouver la visio dans son intégralité

 

 

Article rédigé par Jean-François Baudet 
Correction et reformulation pour pour une meilleure fludité par Mistral IA

Contact