Quelle image véhicule-t-on à travers nos cantiques

Un Dieu fort et puissant ou un Dieu qui s'offre à nous tout en faiblesse ?

par Jean Loignon, Eglise protestante unie de Saint-Nazaire

 

Cet article est paru dans « L’Œil de Réforme » sous le titre « Un Dieu faible »

 

Lorsqu’au culte, je m’essaie à chanter (faux) les cantiques de la liturgie, je suis souvent frappé par le décalage entre le Dieu de ma foi et les textes chantés : Dieu tout puissant, redoutable, viril, monarchique… C’est le fruit d’une tradition, qui prolonge inconsciemment une image que les hommes se sont forgés de Dieu.

 

Nous protestants, si attachés aux Ecritures, nous complétons le Notre Père par une louange ne figurant pas dans les Evangiles et devenue identitaire vis à vis des catholiques : …car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles.
Cette répétition séculaire ne justifie-t-elle pas l’interrogation indignée de croyants mettant en cause la responsabilité de Dieu dans nos souffrances, dont il serait le créateur, voire l’utilisateur. Et nier ce ressenti par un « mystère » laisse le croyant devant un Dieu incapable et donc peu digne de… foi.

 

Autant nous reconnaissons avec force la faiblesse consentie de Jésus, qui renonce à ses attributs divins pour mener à bien sa mission et accepte le dur supplice de la croix (Phi 2, 6-11), autant nous avons du mal à exprimer liturgiquement l’image d’un Dieu faible.
Faible, parce qu’auteur d’une création en cours, qui laisse encore subsister une part du chaos originel, responsable des maux absurdes qui nous accablent, qu’ils soient séisme ou mort d’un bébé.

Faible, parce que Dieu aussi s’est dépouillé d’un part de sa puissance en refusant de faire de nous des robots du bien mais au contraire des humains libres de choisir, devant le bien et le mal, leur vie en toute responsabilité (Dt 30, 15-18)
Faible, parce que Dieu croit en nous, ce qui n’est pas des plus raisonnables…
Donc, un chantier liturgique?

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