
par Jean-François Baudet, Protestant de l’Ouest
Les brancardiers du miracle de Capharnaüm
Depuis plusieurs mois, une histoire de la Bible me colle à l’esprit comme un chewing-gum sous ma chaussure : celle du paralysé et le célèbre «Lève-toi et marche…».
Cette histoire est racontée de manière très similaire dans trois évangiles : Matthieu 9, Marc 2 et Luc 5, Luc étant le plus précis dans son récit.
Mais, paradoxalement, c’est un miracle passé sous silence qui m’interpelle.
Reprenons le fil de l’histoire. La Bible nous livre des informations assez précises sur la scène. Elle se déroule à Capharnaüm, vraisemblablement dans la maison de Simon (Pierre) et de son frère André. Ils sont pêcheurs : la maison n’est donc pas un palace, mais une simple demeure. Les acteurs sont la foule devant la maison, les pharisiens et les maîtres de la Loi à l’intérieur, le paralysé et Jésus. Mais il manque quatre personnes à ce tableau : les quatre brancardiers. Sans ces quatre personnages, l’histoire n’existe pas.
Comment quatre hommes se retrouvent-ils dans cette histoire ? Qui sont-ils ? Quels liens les unissent ? Pourquoi ont-ils pris une initiative aussi osée ? La Bible ne nous le dit pas. Je vous invite à faire un peu de « bible-fiction ».
Une modeste maison, dans un village de pêcheurs au bord du lac de Tibériade. À l’intérieur, Jésus enseigne. Il a la réputation de guérir ; la foule se presse autour de la maison. Plus loin, quatre hommes ont décidé de s’unir pour venir en aide à un malade. Vraisemblablement, ils se connaissent, et connaissent aussi le paralysé. Ce sont peut-être des amis, des membres de la même famille, ou des collègues. Ce jour-là, ils décident d’aller chercher leur ami, paralysé, chez lui.
Imaginons que le paralysé s’appelle Patrice, et les quatre compères Antoine, Robert, Tom et José.
Tom : « Patrice, pour ta paralysie, j’ai une idée. Tu sais, au village, la rumeur dit qu’un homme fait des miracles et guérit des malades. J’ai demandé à Antoine, Robert et José de venir avec moi. Nous allons essayer de t’amener auprès de cet homme. »
Patrice : «Merci les gars… mais vous pensez vraiment que c’est une bonne idée ?»
José : «Eh bien, depuis le temps que tu es paralysé, pourquoi ne pas essayer ?»
Patrice : «Bon… d’accord. Je veux bien tenter. Vous êtes vraiment gentils d’avoir pensé à moi.»
Et hop : chacun prend un coin du brancard, et après plusieurs minutes de marche, ils arrivent dans la rue proche de la maison de Simon. Mais impossible d’accéder à la maison : la foule est trop dense.
Patrice : «Merci les gars, mais vous voyez bien que ce n’est pas possible d’accéder à Jésus. Ramenez-moi chez moi !»
Robert : «Tu es gentil, mais non. On n’a pas fait tout ce chemin pour rien. Il faut trouver une solution. Réfléchissons ensemble, les copains.»
José : «J’ai une idée… mais elle est un peu tordue.»
Robert : «Dis toujours. »
José : «Et si on passait par le toit ?»
Robert : «T’as pas plus simple comme idée ?»
Antoine : «Attends, Robert. L’idée de José est peut-être jouable. On monte Patrice par l’escalier extérieur qui mène au toit-terrasse. Dans l’escalier, ça va être chaud, mais à quatre, c’est possible.»
José : «Sur la terrasse, on enlève des tuiles et on descend le brancard de Patrice avec des cordes.»
Robert : «Bon, admettons. Mais attention au sens des solives sur le toit, sinon on fait tout ça pour rien. Et surtout, faites attention à Patrice : qu’il ne se fracture rien, en plus d’être paralysé.»
Tom : «Je sais où trouver des cordes et des outils pour faire un trou dans le toit. Je reviens dans cinq minutes.»
Le reste de l’histoire est connu : «Patrice» arrive sain et sauf auprès de Jésus grâce à cette périlleuse opération de manutention.
Alors, quel est le message caché de cette belle histoire ? Je pense profondément qu’elle nous enseigne l’attention à autrui, notamment aux plus faibles, et le sens du service offert sans attendre de retour.
Mais, dans mon métier de communicant au sein de notre Église, j’y entends aussi ceci : fais de ton mieux pour que ce qui est mis à ta disposition arrive à toucher et rejoindre afin que le miracle s’opère. En cela, je suis un brancardier de la Bonne Nouvelle, portée par d’autres.