Le système presbytéro-synodal ou les républiques de la foi

Parce qu’elle remettait fondamentalement en cause le magistère clérical et l’autorité pontificale s’exerçant de façon absolue sur les fidèles, la Réforme protestante a conçu une forme de gouvernance ecclésiale radicalement différente, y compris des formes de pouvoir civil de l’époque.

 

Vote des délégués au synode de Nantes, 2021 © Christian Barthélemy

 

Par Jean Loignon

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Cette gouvernance ne fut pas immuable mais selon le principe « d’une Église toujours à réformer », elle sut épouser les évolutions de son siècle tout comme s’adapter aux nuances d’un protestantisme toujours divers.

 

Une structure pyramidale

 

Le principe est celui d’un régime d’assemblées associant pasteurs et laïcs dans une structure pyramidale fondée sur les paroisses locales élisant leur propre comité directeur, appelé « Conseil presbytéral* » (CP) (d’un adjectif faisant référence au ministère des Anciens connus dès l’Église primitive). Les CP envoient des délégués aux synodes régionaux, lesquels en envoient à leur tour au synode national ; dans les deux assemblées, ministres et laïcs siègent à parité et les travaux se déroulent sous l’autorité d’un·e modérateur·rice, élu·e pour la session. Le synode national est donc l’organe souverain de l’Église, le Conseil national qui en émane n’ayant qu’une autorité fonctionnelle limitée par un mandat. Il en va de même pour le Conseil régional, dont le ou la président·e ne saurait être assimilé·e à un évêque, même si l’appellation subsiste sous une forme latine pour les « inspecteurs ecclésiastiques » luthériens.

 

Une forme républicaine intolérable

 

Ce modèle entrait en opposition frontale avec l’Église romaine mais également avec la monarchie absolue, qui ne pouvait y voir qu’une forme républicaine intolérable à ses yeux, même s’il était loin d’un idéal démocratique contemporain. Cette opposition ne fut pas étrangère à la révocation de l’édit de Nantes en 1685 par Louis XIV, et il est frappant que Napoléon Ier, s’il restaura le culte protestant en France par le Concordat de 1802, se garda bien d’autoriser la réunion de synodes nationaux qui ne réapparurent qu’en… 1872.

 

Une dimension spirituelle

 

On comprendra ainsi combien les protestants se trouveront à l’aise avec les républiques modérées ou les monarchies parlementaires européennes. Mais il convient de ne pas réduire le système presbytéro-synodal à un décalque des assemblées politiques qui nous régissent. Des Conseils presbytéraux au synode national, la dimension spirituelle reste fondamentale, et c’est éclairés par l’Esprit saint que sont menés les débats et votées les décisions.

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* NDLR : du latin ecclésiastique presbyteralis, du grec presbutêros, ancien.

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