Le dernier des Juifs

Un film de Noé Debré, avec Michaël Zindel, Agnès Jaoui, Solal Bouloudnine, 1h30, comédie dramatique.

Le film qui m’a plu

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Par Roseline Cayla, Église protestante unie d’Angers-Cholet

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Noé Debré dit de son film, Le dernier des Juifs : « C’est le contraire d’un film identitaire ou victimaire. C’est un film qui ambitionne de faire résonner en nous une part d’universel. C’est la fonction du cinéma et de la littérature de nous élever au-dessus d’une compréhension idéologique du monde. »

 

Un schlémil

 

Le dernier des Jƒuifs est une comédie. D’emblée nous sommes comme dans un conte avec un narrateur dont les paroles s’accompagnent d’une musique guillerette. Il sera là tout au long du film, soulignant la désinvolture ou la naïveté du personnage principal : Ruben Bellisha (Michaël Zindel) « n’est pas comme les autres », comme le lui rappelle sa mère Giséle (Agnès Jaoui).

 

Je dirais que c’est une sorte de schlémil (dans les contes yiddish, un innocent, un personnage un peu sot ou bon à rien). Du fait, Bellisha a 27 ans mais l’allure d’un ado. Craquant, avec ses cheveux noirs bouclés et son sourire ! Il vit sans travailler, chez sa mère qui sort très peu et à qui il raconte la vie du quartier en mentant continuellement… Tout va bien ! Il a sa petite vie cachée… des copains… Il fait le marché à l’épicerie casher du coin, sauf que ce jour-là, il ne peut acheter le poulet demandé par sa mère, car l’épicier plie boutique. Définitivement.

 

Un poulet hallal

 

Bellisha et sa mère sont les seuls Juifs à demeurer encore dans la cité, dit l’épicier. Qu’à cela ne tienne, Bellisha rapporte à la maison un poulet acheté à la boucherie hallal ! Sa mère trouve que le poulet n’a pas le même goût que d’habitude… Ce poulet doit être jeté immédiatement, dit-elle horrifiée (en fait Bellisha ne voit pas pourquoi et, discrètement, le mange dans la cuisine). Les récipients et divers instruments de cuisine qui ont touché ce mets « impur » doivent être « re-cashérisés » ! Cela donne lieu à des scènes comiques car Bellisha veut bien écouter sa mère mais il n’a aucune notion des pratiques juives traditionnelles. Certains spectateurs, plus juifs que les Juifs, pensent que le film se moque de la religion israélite, en fait il met plutôt en évidence le ridicule de certaines pratiques dont on a perdu le sens.

 

Une mezouza

 

De la même façon que Gisèle n’aime pas « les arabes » et « les noirs », un électricien musulman ne peut franchir la porte de l’appartement de Bellisha et sa mère, car il y a une mezouza à l’entrée (petit étui contenant un verset biblique calligraphié en hébreu, accroché à droite de la porte, traditionnellement, par les familles juives). L’homme effrayé semble arrêté comme par magie : malgré sa bonne volonté, il ne peut vraiment pas franchir le seuil de cette maison !

 

Bref, par petites touches, les oppositions, les peurs entre communautés apparaissent irrationnelles, absurdes.  Des grands-mères magrébines apportent des petits plats à Bellisha pour le réconforter quand elles apprennent que sa mère est gravement malade. Mais cette dernière se laisse impressionner par ce qu’elle entend et voit sur les réseaux sociaux, (la folie identitaire engendre le repli et la paranoïa !).

 

Des inscriptions antisémites

 

Elle se convainc qu’il faut partir comme l’ont fait les autres familles juives, car elle et son fils sont en danger dans la cité, croit-elle. Bellisha n’en a pas très envie car il ne voit pas le mal. Ce ne sont pas quelques inscriptions antisémites sur le mur de leur appartement après un cambriolage qui l’impressionnent… alors que ses copains noirs, se proposent d’aller « casser la gueule » à l’auteur des faits ! Cependant pour tranquilliser sa mère, il entreprend, sans conviction, de préparer leur départ pour Israël…

 

Tous les lieux communs passent au crible de l’humour et de l’autodérision : Gisèle se demande finalement si c’est bien qu’ils aillent en Israël, car « c’est plein de Juifs là-bas ! Tu sais comment ils sont !» L’antisémitisme, le racisme sont abordés avec légèreté, d’une façon qui peut faire réfléchir et apaiser les esprits, si on veut bien renoncer à ses préjugés, et ne pas mêler l’actualité internationale à la vie quotidienne, ici et maintenant ! Mais l’histoire est néanmoins dramatique et vous serez pris par l’émotion. La question demeure : comment empêcher les vieux démons de revenir ? Les affronter ensemble, les regarder pour ce qu’ils sont et « ne pas avoir peur » dit Bellisha.

 

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