« La gravure, c’est tout un art » 

Abraham Bosse, graveur tourangeau et protestant du XVIIᵉ siècle

Une conférence de Marie-Hélène Courbin

                                                                                                  

Par Marie-Hélène Courbin et Marie-Anne Chenerie, Association Culturelle Protestante Réformée de Touraine ( ACPRT) 

                                                                                             

L’œuvre d’Abraham Bosse , particulièrement prolifique et d’une grande diversité, compte près de 1 600 gravures réalisées principalement à l’eau-forte. Elle constitue un témoignage précieux de son époque, notamment grâce à la précision de séries  telles que « Les Cris de Paris » ou « Les Métiers ».                                                                                                                              

Même s’il est un artiste de commande dans une France catholique, son éducation protestante transparaît dans certaines gravures religieuses, comme « La bénédiction de table ». La scène se déroule dans un milieu de riches bourgeois, au moment du repas. Le père de famille, au centre, trône entre ses fils à sa droite et son épouse accompagnée de ses filles à sa gauche. C’est lui qui prononce la prière d’action de grâces, reprise et prolongée par la mère, puis par les enfants. Sur le mur, dans l’axe central de la composition, apparaissent les deux tables du Décalogue. Les costumes et les mobiliers sont contemporains d’Abraham Bosse. L’esthétique, sobre et intimiste, est d’influence d’Europe du Nord.  

                                                                                                 

Parallèlement à son œuvre de graveur, Abraham Bosse s’inscrit pleinement dans le XVIIᵉ siècle, marqué par un renouveau scientifique. Il fréquenta les milieux savants et fit la rencontre de Girard Desargues. Théoricien et pédagogue, il contribua à diffuser les travaux de ce dernier sur la perspective par plusieurs ouvrages illustrés. Passionné également par la botanique, la peinture, l’architecture et la gravure, il écrivit et/ou illustra divers traités dans ces domaines. 

 

La gravure entre tradition et innovation 

 

Les techniques sont très nombreuses, parfois simples comme la gravure sur bois, la pointe sèche, parfois complexes comme l’aquatinte ou l’estampe colorée. Elles sont souvent combinées.                                                                                                                                              

Au début, la gravure a surtout servi d’illustration, c’était un art de reproduction et de diffusion. Puis sont apparus de grands graveurs, comme Dürer, Rembrandt, jusqu’à Georges Rouault ou Odilon Redon. D’ailleurs, la plupart des grands artistes peintres sont aussi graveurs, non seulement dans leurs travaux préparatoires, mais aussi pour l’expressivité ou la subtilité apportées par ces techniques. Pensons par exemple à la représentation des « Horreurs de la guerre » : Goya, Otto Dix avec une grande économie de moyens, une nécessaire simplification et des contrastes accusés, ont exprimé l’atrocité aveugle de la guerre. 

                                                                                                     

Aujourd’hui, en art contemporain, la gravure est un medium de recherche et un art à part entière, non seulement par l’arrivée de la couleur mais aussi par l’utilisation de techniques souvent mixtes, extrêmement créatives, ou encore le travail sur les «multiples ».                                                  

Un art de paradoxes, qui allie rigueur et créativité, qui est à la fois populaire par les illustrations ( Gustave Doré) ou les caricatures ( Daumier), mais aussi élitiste car souvent perçue comme complexe ou difficile, très technique et en même temps très spontanée.

 

 

 

                   

Illustrations 

Abraham Bosse  « la bénédiction de table »  vers 1650. BnF, département des Estampes et de photographie, RESERVE QB-201 (29)-FOL

Francisco Goya, estampe,  « Le sommeil de la raison engendre des monstres », Les Caprices, BnF, RESERVE BF-4 (J,16)-BOITE FOL
Date d’édition 1799

Félix Vallotton, gravure sur bois, BnF, département Estampes et photographie, DC-292 (C, 2)-FOL, date d’édition 1893

 

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