L’Eglise d’Angleterre à travers son histoire 1. Le 16e siècle

Les débuts de l’Eglise d’Angleterre, à mi-chemin entre catholicisme et Réforme

Par Robert GILL, Eglise protestante unie de Saintes – Cœur de Saintonge

 

Henri VIII

L’histoire de cette Eglise est loin d’être un long fleuve tranquille, et ce, depuis son début au 16e siècle. On ne peut dissocier totalement sa fondation de la Réforme occidentale, sa naissance résulte plutôt d’un jeu de pouvoir entre Rome et Londres. Au début, il lui manque une base théologique rigoureuse. Sa théologie est plutôt le fruit d’une évolution riche en rebondissements.

Pour comprendre les débuts de l’Eglise d’Angleterre, on doit commencer avec le roi Henri VIII, roi d’Angleterre et, à partir de 1542, d’Irlande. Devenu roi en 1509 à la mort de son père Henri VII, il annonce tout de suite qu’il acceptera d’épouser Catherine d’Aragon, fille du roi d’Espagne. Catherine était veuve, car son premier mari, le frère aîné d’Henri VIII, Arthur, était décédé à l’âge de 15 ans, à peine 20 semaines après son mariage.

 

 

Anne Boleyn

A la suite de son mariage avec Henri, Catherine accouche six fois,  de trois garçons et trois filles, mais quatre d’entre eux sont mort-nés et le garçon survivant décède à l’âge de sept semaines. Le roi s’impatiente : il veut que sa femme lui donne un héritier.

Au même moment, il tombe amoureux de la sœur de la dame d’honneur de sa femme, Anne Boleyn, au point de songer  à annuler son mariage pour pouvoir épouser Anne.

Mais pour cela il faut une dispense du pape Clément VII, fondée sur l’argument qu’en épousant Catherine, Henri a agi en violation du Lévitique chapitre 20, qui interdit le mariage avec l’épouse de son frère. Mais le pape refuse de délivrer la bulle nécessaire, il refuse d’invalider le premier mariage (Au début, Martin Luther essaie de soutenir Henri en argumentant que la Bible n’interdit pas la polygamie !).

 

Cranmer

Il faut comprendre qu’au départ, Henri VIII n’a pas l’intention de rompre avec Rome. En 1521, par exemple, il a publié  une polémique contre le protestantisme, œuvre qui lui a valu le titre de « Fidei Defensor » (défenseur de la foi) décerné par le Pape Léon X.

La rupture définitive avec Rome a lieu en 1534, un an après le mariage d’Henri VIII et Anne. Une nouvelle loi fait du roi le chef suprême de l’Eglise en Angleterre, et abolit le droit d’appel de Rome. Le pape excommunie le roi ainsi que l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, qui avait déclaré le mariage avec Catherine illicite, et donc permis le mariage avec Anne.

Toutefois on ne peut dire que la rupture avec Rome déclenche tout de suite une réforme rigoureusement protestante. On ne touche pas aux doctrines fondamentales de l’Eglise, ni aux structures historiques, les évêques et le clergé restent en poste, les prêtres ont toujours le devoir de chasteté, et on croit toujours à la présence réelle du Christ dans le pain et le vin à la messe. C’est plutôt par intérêt politique et dynastique que le roi s’affirme chef suprême de l’Eglise. Il est plus exact de parler d’une évolution qui tend vers la réforme, que d’une révolution. Cette évolution dépend du climat politique d’alors, très instable pendant le règne d’Henri VIII. Deux évènements sont à noter :

– la traduction de la Bible en anglais, réalisée par William Tyndale en 1526, puisant dans la Bible allemande de Luther. A compter de 1538, chaque Eglise locale doit mettre à disposition de ses paroissiens une Bible en anglais (malgré le fait que la plupart soient analphabètes).

– la dissolution des monastères entamée un an après l’excommunication d’Henri VIII, décidée pour remplir les caisses du roi.

On peut dire que le personnage-clé de la réforme pendant le règne d’Henri VIII et surtout après son décès en 1547, est Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéry. Sa contribution à l’Eglise d’Angleterre et aussi à la langue anglaise est très importante.

 

 

Livre de prière commune

Cranmer est probablement l’un des auteurs du « Book of the Common Prayer » (livre de la prière commune) publié d’abord en 1549, puis réédité dans une version plus radicale en 1552 – livre écrit en anglais car les offices se tenaient de plus en plus souvent en anglais. Ce livre n’est pas très différent de celui dont se sert toujours (de façon non-exclusive) l’Eglise d’Angleterre. Les paroisses de l’époque de Cranmer (et longtemps après) avaient l’obligation de n’utiliser que ce livre lors des cultes. On ne parlait plus de « messe », on ne reconnaissait plus la présence réelle du Christ dans le pain et le vin de la communion, mais plutôt de la présence du Christ dans le cœur du croyant, on ne priait plus pour les morts, la doctrine du purgatoire était abolie, et on ne priait plus pour l’intercession des saints. Il fallait enlever les images des églises et prier pour le monarque et la famille royale. Le mariage n’était plus un sacrement.

 

Cranmer, lui-même marié, publie une série d’articles dans l’intention de réformer la doctrine et l’organisation de l’Eglise. Ce document, retravaillé plusieurs fois, devient en 1571, au début du règne d’Elizabeth 1ère (fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn) les « 39 Articles de Religion ». Il est intégré dans le livre de la prière commune et a toujours de l’importance car chaque membre du clergé doit reconnaître que ces Articles témoignent de la foi révélée par les Ecritures saintes et qui trouve son expression dans les confessions de foi.

 

 

En bref, un processus de réforme évolutif, intermittent : cela est en partie dû au fait que les monarques qui se succèdent après Henri VIII ne sont pas tous des protestants convaincus. La reine Marie 1ère, fille d’Henri VII et de Catherine, catholique fervente, veut revenir sur la réforme anglaise, mais ne vit pas assez longtemps pour que s’effectue un retour durable au catholicisme. Même si les convictions des monarques qui lui succèdent sont plus profondément protestantes, ils ne souhaitent pas susciter ou aggraver les conflits religieux. S’il est exact que le clergé accepte sans trop de difficulté la rupture avec Rome, on ne peut  dire que le peuple a envie de se convertir au protestantisme tout d’un coup.

 

 

 

 

 

 

Contact