Par Marielle Pfender, Protestant de l’Ouest
Quand on mentionne le 31 octobre, on pense plus à la Toussaint et à Halloween qu’à la fête de la Réformation ! Même parmi les protestants, il en est qui ne connaissent pas cette fête ou qui n’en voient pas l’intérêt.
Imaginons un micro-trottoir dans nos Églises : « Depuis le temps, on connaît Luther, ses thèses, le fondement de la Réforme. Par cœur, même ! », « C’est vieux, tout ça. Quel intérêt aujourd’hui ? », « Bon, d’accord, je ne suis pas au clair avec les raisons réelles qui ont conduit à la Réforme, mais ça ne m’empêche pas de vivre ma foi ! »
Parmi les reproches faits à notre Église peut se trouver parfois sa déconnexion avec la société, les gens d’aujourd’hui. Une question se pose alors : la fête de la Réformation est-elle une tradition dépassée ou un rendez-vous qui a encore du sens aujourd’hui ?
Se laisser bousculer
« Le dimanche de la Réformation, les protestants se souviennent des principes qui fondent la Réforme pour ne jamais oublier la parole de foi et de liberté qui fonde le protestantisme. » (Antoine Nouis, Regards protestants, 10/02/2024)
- Un appui solide
La fête de la Réformation est une mémoire nécessaire. Dans un protestantisme français minoritaire (environ 2-3 % de la population), la Réforme n’est pas un détail historique : elle est le récit fondateur qui explique pourquoi l’on croit comme l’on croit. C’est aussi un marqueur d’identité et d’unité. Une communauté qui ne raconte plus son origine se coupe de sa raison d’être. Ce qui ne signifie pas rester entre-soi, bien au contraire !
Il ne s’agit pas non plus de ronronner et de rester plantés sur nos acquis en nous félicitant de notre histoire, mais de nous confronter de nouveau au message premier de la Réforme. On sait comment comment des principes peuvent facilement devenir des carcans, des œillères. La fête de la Réformation nous invite à y réfléchir à la lumière de ce qui se vit aujourd’hui.
- Une liberté qui nous responsabilise
Au cœur de la Réforme se trouve la radicalité de la grâce : l’amour de Dieu est premier et gratuit. Or la critique des indulgences («l’amour de Dieu ne s’achète pas») reste étonnamment contemporaine : elle interroge toute logique de salut marchand, de performance et de mérite, dans les Églises comme dans la société. Dans un climat de capitalisme débridé, ce message nous invite plus que jamais à l’introspection.
Autre fondement essentiel qui vient en complément : le principe du libre examen et de l’autorité de la Bible. Nous sommes invités à utiliser notre esprit critique, guidés par l’Écriture. Cela nécessite d’être impliqué et vigilant, d’accepter de se laisser bousculer, d’ouvrir le dialogue avec soi-même mais aussi avec les autres. Bref, de « se réformer sans cesse » – et pas besoin d’attendre le culte de la Réformation pour cela !
La fête de la Réformation nous renvoie avant tout à notre responsabilité de protestant, dans et hors l’Église, responsabilité que l’on peut avoir tendance à oublier. De même, elle nous rappelle qu’une Église sans lien avec son époque n’est que coquille vide.
Les principes qui fondent le protestantisme ne sont pas creux. Ils nous invitent au dialogue avec la Bible, avec nous-mêmes, en tant qu’individus et communauté, avec la société. À nous de le montrer dans nos discussions et nos convictions !