Partager la parole de Dieu à travers le conte

Claire CREMER raconte la Bible.

Par Claudie DE TURCKHEIM, Le Protestant de l’Ouest.

Claire CREMER est conteuse, membre de l’association œcuménique « Chacun chacune raconte :  La Bible n’est pas un conte mais elle se raconte ». Elle anime un des nombreux groupes qui existent en France, celui de Rochefort-sur-Mer en Charente-Maritime.

« On raconte exclusivement des récits de la Bible, explique Claire, le but est de faire partager la Parole de Dieu, de donner envie d’y voir de plus près et d’ouvrir la Bible. Nos contes s’adressent à un vaste public, à des personnes qui connaissent bien la Bible et à des personnes qui n’en ont jamais entendu parler ; aux uns, ils peuvent apporter une nouveauté, une fraîcheur qu’ils avaient perdue, aux autres une découverte que la Bible a peut-être quelque chose à leur dire aujourd’hui. »

 

Une recherche en groupe …

 

La préparation d’un conte se fait toujours au sein d’un groupe. Comme pour une étude biblique, l’étude du contexte et la recherche du sens est primordial. Mais un autre éclairage complète cette étude. Il consiste à faire appel aux émotions ressenties par le groupe, en n’oubliant aucun des cinq sens. Car si certains textes, souvent dans l’Ancien Testament, sont très imagés, ce n’est pas toujours le cas…

Le récit est alors mis en situation, on se met dans la peau d’un personnage, on crée une mise en scène.  Par exemple, dans le texte de Zachée, le conteur se met à la place de Zachée : « Qu’est-ce que je ressens quand Jésus m’interpelle ? ». Il est important alors de parler en « je » pour s’approcher au maximum du personnage. Un autre exercice consiste à faire comme si on tenait une caméra pour décrire le personnage ou la scène vue.

Une seconde étape consiste à procéder à un découpage du récit en séquences puis à chercher où se trouve l’enjeu théologique : comment Dieu me parle à travers ce texte, qu’est-ce qu’il dit de Dieu, et qu’est-ce que j’ai envie de transmettre. Si le conte reste de l’oralité, les phrases importantes de chaque séquence sont écrites. « L’enjeu théologique », quant à lui, est le choix personnel de chaque conteur.

 

… qui se poursuit en solitaire

 

Chaque conteur aura été saisi par tel ou tel aspect du texte, par un moment de son déroulement. Cela va être le filigrane du conte.  Chacun rentre alors dans son travail personnel d’appropriation.

Claire reprend l’exemple de Zachée : « En repérant les trous de l’histoire, ce qui n’est pas dit, on peut laisser notre imagination vagabonder. Le conteur pourra raconter comment la femme de Zachée accueille Jésus dans sa maison, comment réagit-elle. Et comment elle accueille la transformation de son mari. »

Un autre conteur pourra choisir un disciple comme personnage principal, un disciple qui se trouve dans la foule, qui fait écran entre Jésus et Zachée, qui ne comprend pas. Il va mettre en avant le retournement produit en lui par le témoignage de confiance de Zachée.

 

Bible et actualisation

 

Certains textes se prêtent mieux que d’autres à une actualisation. Claire nous cite l’exemple de la parabole des « Ouvriers de la 11ème heure ». Elle se souvient d’avoir raconté la vie des vendangeurs d’aujourd’hui, ces saisonniers corvéables, les laissez pour compte. Pour ne pas trop s’éloigner du texte, elle avait choisi d’égrainer les heures sur cette place où l’homme attend patiemment d’être embauché, attend qu’un camion vienne enfin le chercher, elle a décrit la joie immense de cet homme embauché à la 11ème heure !  Pour cette histoire, l’enjeu théologique retenu par Claire était le suivant : « Dieu déplace inlassablement notre regard, il veut des hommes debout. »

Un autre procédé est de bâtir deux histoires : une histoire cadre, actuelle, qui grâce à un élément déclencheur, va nous ramener à l’histoire biblique : un rêve, une histoire entendue dans l’enfance… Là encore, Claire nous donne un exemple, celui du récit de la multiplication des pains. L’histoire-cadre, c’est un événement qu’elle a vécu au Congo, un repas prévu pour 20 et une foule de 50 personnes arrivant de toutes parts pour être nourrie.

 

Comment conclure un conte

 

C’est toujours un risque de vouloir donner une seule explication, ou une morale.  C’est pourquoi il n’y a pas de conclusion qui enfermerait dans une seule interprétation. Rappelons-nous que l’idée essentielle est de donner envie d’ouvrir la Bible et non pas de la refermer aussitôt.

La fin de l’histoire, c’est le temps où le conteur s’efface devant son récit, et où l’auditeur va choisir quelle fin il veut donner à cette histoire pas si éloignée de lui.

 

Le site de l’association :

 

conter-la-bible.net

« La Bible n’est pas un conte mais elle se raconte » a collaboré au livret « 24 jours vers Noël, un arbre de Jessé à vivre en famille ». Elle propose une dizaine de contes à écouter (par le biais d’un QR code).

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