C’est compliqué !

L’ÉDITO DE LA RÉDACTRICE - Avez-vous remarqué qu’on n’entend plus « c’est difficile », « ça va être difficile » mais « c’est compliqué », « ça va être compliqué » ? Prêtez l’oreille et vous serez étonné ! Petite mise au point.


© Nicolas Renaud

 

Par Élisabeth Renaud

 

Le mot « difficile », emprunté au latin difficilis, « pénible », est par définition ce qui n’est pas facile. Il sous-entend ainsi des efforts, un travail qui se fait avec peine et qui induit une émotion généralement peu agréable dirigée vers soi-même (un accouchement difficile, ça va être une mission difficile) mais aussi envers les autres (c’est une personne difficile à vivre, un public difficile à contenter).

Le mot « compliqué », quant à lui, vient du latin complicare, « plier en enroulant ». Il renvoie à l’idée d’entrave. Il est utilisé pour qualifier une idée confuse, donc un objet inanimé. On l’emploie aussi pour parler d’éléments qui entretiennent des rapports nombreux, diversifiés et difficiles à saisir (un appareil compliqué) ou pour désigner quelque chose de raffiné à l’excès, recherché (des arômes compliqués).

« C’est difficile » renvoie donc à une idée d’effort pour soi-même. On a du mal à faire la tâche, on n’en est peut-être pas capable. Alors que « c’est compliqué » vient de la mission à accomplir et non plus de soi. Une élégante façon de se déculpabiliser et de ne pas assumer que l’on n’y arrive pas ou que l’on n’y arrivera pas.

Et voilà comment on passe de la responsabilité au dédouanement. À croire qu’aujourd’hui, nous n’osons plus avouer nos faiblesses et nos fragilités. Alors me vient une question à l’esprit : témoigner de sa foi, est-ce difficile ou compliqué ?