Crèches provençales et de tous les pays…

© Jacques Hostetter-Mills

Dès les débuts du christianisme, de nombreux artistes furent inspirés par les récits relatant la naissance de Jésus, entouré par Marie et Joseph, à Bethléem. Sculpteurs, peintres, enlumineurs et théologiens se rendirent rapidement compte que les illustrations de la Nativité touchaient la sensibilité des fidèles plus que certains prêches.

L’évangile selon Luc (Luc 11.7) indique que Jésus fut déposé à sa naissance dans une crèche (du bas latin, cripia, mangeoire – en allemand, krippe). Par extension, ce terme fut employé pour désigner tant les reproductions de l’étable de Bethléem que les scènes qui illustrèrent la Nativité, tant plastiques que théâtrales.

Des lectures animées

Dès les IIIe et IVe siècles, la naissance de Jésus est figurée sur des sarcophages paléochrétiens. Peu à peu, les artistes complétèrent les textes bibliques par des apports tirés des apocryphes ou des livres de la Première Alliance. C’est ainsi que le bœuf et l’âne, cités dans une prophétie du prophète Ésaïe, firent leur apparition dans la scénographie de Noël.
Au Xe siècle, les icônes byzantines se focalisèrent sur la figure maternelle de la Vierge. L’Art roman, à son tour, chercha à frapper la piété populaire en présentant la dimension humaine et pastorale de la Nativité : l’enfant Jésus, entouré par Marie, Joseph, les bergers, l’âne, le bœuf et les moutons. L’aspect merveilleux étant souligné par la présence d’anges.
Du XIe au XIVe siècle, on assista à la théâtralisation de la naissance de Jésus, via les jeux liturgiques, cela pour rendre la compréhension des Écritures plus accessible à une population souvent illettrée. Les « Mystères », joués sur les parvis des églises, succédèrent à ces lectures animées, dès le XVe siècle. D’autres sujets que la Nativité furent alors mis en scène : résurrection, guérisons, faute originelle, vie de saints, etc.

© Jacques Hostetter-Mills

Les crèches et les pastorales

La plus vivante évocation de la naissance de Jésus demeure toutefois la crèche. Selon la tradition, François d’Assise, en 1223 à Greccio, fut l’initiateur de la célébration de la messe de minuit au sein d’une crèche vivante, avec personnages et animaux. Cela avec le soutien du souverain pontife Honorius III.
Devenus plus divertissants que religieux, les mystères furent interdits dès le milieu du XVIe siècle. Conjointement, la lutte contre la Réforme contribua à l’apparition des premières crèches fixes d’églises.
Parallèlement, apparaissent d’autres représentations de la Nativité, appelées « pastorales », qui tirent leur nom de l’annonce faite aux bergers ou pâtres, par les anges. Il s’agit là de mises en scène populaires, dans des registres plus familiers et plus régionaux.
Au XIXe siècle, la Provence, l’Espagne et l’Italie vont être le théâtre de ces saynètes, jouées par des professionnels ou des amateurs, dans des écoles, salles municipales ou paroissiales, hospices et hôpitaux… Certaines marquèrent l’imagination de générations de fidèles, comme celle d’Antoine Maurel, de 1844, à Marseille et « La Pastorale des Santons de Provence » d’Yves Audouard, créée en 1957. Dans ce récit savoureux, qui fleure la Provence et reprend ses accents, un paresseux meunier se prend à vouloir travailler, tandis que le boumian (bohémien) découvre, comme par enchantement, les vertus de l’honnêteté.

© Jacques Hostetter-Mills

La démocratisation des crèches

Cette tradition des crèches et des pastorales gagnera tous les pays sous influence chrétienne. Certains pays de l’Europe de l’Est et du Nord, tels la Hongrie, la Pologne, l’Allemagne et la Belgique, mais aussi les pays d’Amérique latine et du centre, comme le Mexique, le Pérou, la Bolivie seront particulièrement actifs pour démocratiser les crèches et les rendre accessibles aux familles.
Dans notre pays, l’interdiction imposée dès la Révolution de représenter cette scène biblique dans les lieux publics fut déterminante dans la multiplication des crèches au sein des foyers mêmes modestes, alors qu’au départ il s’agissait plutôt d’éléments décoratifs de prestige que seuls les nantis pouvaient s’offrir.
Non loin de la France, les crèches napolitaines, souvent constituées de statuettes habillées, d’une trentaine de centimètres de hauteur, étaient d’un raffinement inouï.

© Jacques Hostetter-Mills

Et en Provence…

À la fin du XVIIIe siècle, la fabrication de figurines se développa considérablement . Et c’est ainsi que le Marseillais Lagnel (1764-1822), pour illustrer le récit biblique qui stipule qu’Adam a été façonné en terre, imagina réaliser des santons à partir d’argile. Frédéric Mistral écrira : « L’argile est aux mains de son santonnier ce qu’est l’homme dans celles de Dieu ».  Du provençal « santoun », pour « petit saint », le mot santon souligne l’importance de tous ceux et celles qui viennent reconnaître, dans la naissance de Jésus, le don incommensurable de Dieu. Et c’est ainsi qu’à côté des incontournables Jésus, Marie, Joseph, les anges, les bergers et les mages, est apparue une kyrielle de personnages truculents représentant tous les métiers et personnalités des sociétés locales, saisis dans leurs activités habituelles, ou se rendant à la crèche : meunier, pêcheur, boulanger, porteuse de fougasse, sourcier, vigneron, cultivateur, maire, bûcheron, chasseur, couple d’amoureux ou de vieux, maréchal-ferrant, institutrice, lavandière, tambourinaire, sans oublier les animaux : âne, bœuf, mouton, mais aussi dromadaire, éléphant, cerf, daim, cheval, chien et chat, poule et coq, lapin, etc.

Le tout présenté comme la reproduction d’un petit village provençal au milieu d’oliveraies et de champs de lavande, au bas de collines, dans un paysage composé de mousse, liège, sable, carton, plâtre et bois…
« Monter la crèche », aux XXe et XXIe siècles, est une véritable institution. Déballer les santons qui ont reposé de longs mois, réaliser les décors de l’année, est un élément indissociable des fêtes de Noël et de fin d’année, pour les chrétiens comme pour les autres, tant il est vrai qu’aujourd’hui, la crèche fait partie de nos riches traditions.
Enfants, parents et grands-parents contribuent à la présentation du village, provençal ou autre, avec un égal bonheur, mêlant imagination, fantaisie, tradition et dextérité.

Pasteur Jacques Hostetter-Mills

Exposition sur les crèches
Du samedi 27 novembre au mercredi 15 décembre
Temple de l’Église protestante unie de La Roche-sur-Yon , 28 rue Chanzy

  • Les mercredis et vendredis, 14h-18h30.
  • Les samedis, 10h-12h30 et 14h-18h.
  • Les dimanches, 14h-18h.
    Entrée gratuite.

Spectacle audio-visuel
« La Pastorale des santons de Provence »
Temple de l’Église protestante unie de La Roche-sur-Yon , 28 rue Chanzy

  • Le mercredi 8 décembre à 19h30.
  • Le dimanche 12 décembre à 17h.
    Libre participation aux frais.

Pièces exposées
Plus de vingt-cinq crèches provenant de quatorze pays différents, de la Provence au Pérou, en passant par Madagascar, le Burundi, l’Arménie, Israël, l’Égypte, le Portugal, la Hongrie, le Mexique…
Deux crèches de Provence de plus de 130 santons dans leurs décors, deux crèches « grand format » de Madagascar et de Hongrie, mais aussi des crèches petites ou minuscules, en porcelaine, en albâtre, dans une coquille de noix ou un pot brisé. Une façon ludique de replonger en enfance et d’entraîner les plus jeunes à découvrir ce patrimoine d’exception.