Ibrahim

Cinéma

Un film de Samir Guesmi. Sortie en salles : juin 2021 ; sortie DVD : octobre 2021. 1h20.

C’est un film tout en silences et en regards, entre un père et un fils trop modestes, vrais, attentionnés l’un à l’autre. Un jeune au visage d’ange tétanisé, un père à la « gueule » triste et marquée.
Ils vivent une solitude à deux. La mère est absente. L’homme, Ahmed, travaille le soir comme écailler pour une brasserie parisienne. Ibrahim, le fils, semble subir ses études, la tête ailleurs… En fait, la tête prise peu à peu dans un engrenage d’argent facile, tiraillé qu’il est entre un camarade rompu aux combines en tous genres et un père qui rêve de retrouver ses dents et un sourire présentable pour pouvoir servir en salle. Le rêve du père est peut-être bien d’abord celui du fils qui, en tentant de soutenir financièrement cet espoir, s’enfonce très vite dans un début de délinquance.

Regards

Dans le piège qui se referme, le plus important – l’amour de l’un pour l’autre – ne parvient plus à s’exprimer. Plus la situation s’envenime, plus les protagonistes sont dans l’évitement et la honte réciproque. Honte de soi et honte pour l’autre.
On rencontre dans cette histoire des jeunes de toutes origines, fréquentant ces classes de la région parisienne où ils reçoivent un enseignement, pratiquent des activités… sans trop, trop de complications. L’appartement d’Ahmed et son fils est sombre, caché, mais on devine qu’il ressemble à celui de n’importe quels citoyens. Intégrés, apparemment.
Dans le même temps, la drogue est partout, silencieuse elle aussi. Elle rôde, elle est à portée de main, de projet, de vie. Elle va parfois de pair avec la prostitution. Elle est aussi liée, on le comprend tardivement dans le film, à la disparition de la mère d’Ibrahim.

Intégrité

Dans ce film qui touche par l’intégrité et la douceur de ses personnages, la haine n’a pas de place. Le côté ordinaire et si loin des extrémismes, qui est sûrement le fait d’une majorité de personnes issues de l’immigration en France, nous ramène à la raison, si besoin était.
Et c’est l’amitié d’une adolescente de la classe d’Ibrahim qui va rendre le sourire à ce duo malmené. Un minuscule engrenage de confiance et de reconnaissance entre ces jeunes pas encore adultes va inverser la tendance. Le père et le fils vont se retrouver… Mais s’étaient-ils jamais perdus ?

Séverine Daudé,
Journal
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