À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris en 2021, de nombreuses publications ont remis sur le devant de la scène Louis Nathaniel Rossel, un protestant, chef militaire de la Commune, né à Saint-Brieuc. Fusillé le 28 novembre 1871, il est devenu un des symboles des victimes de la répression.
Louis Nathaniel Rossel 1844-1871 © DR
Le mariage de ses parents à Saint-Brieuc entre un père protestant cévenol et une mère presbytérienne écossaise, et sa naissance dans cette ville, en font un personnage que l’on peut relier à l’histoire du protestantisme dans les Côtes-du-Nord.
La famille Rossel et Saint-Brieuc
Louis Rossel, père, est né à Nîmes en 1806. Militaire de carrière, il est affecté à Saint-Brieuc. Il se marie le 14 décembre 1843 avec Sarah Campbell (1820-1905). Sarah Campbell est mentionnée comme propriétaire, fille de feu Montgomery Campbell, officier d’artillerie décédé en 1832, et d’Isabelle Randall, native d’Angleterre.
Si la présence du père de Louis Nathaniel Rossel n’est due qu’au hasard des nominations, il n’en est pas de même pour la famille Campbell. Isabella, la mère, et Sarah, la fille, habitent Saint-Brieuc au moment où Louis Rossel va rencontrer sa future épouse. Gilbert Maurey, auteur du livre La Commune et l’officier en donne une explication : « Il se trouve que son grand-père maternel, Archibald Montgomery-Campbell (1788-1832), y possédait une propriété ».
Louis Rossel, père, et son épouse Sarah, ne restent que quelques années à Saint-Brieuc mais c’est dans cette ville que va naître leur fils.
Un tournant décisif
En 1845, la famille Rossel est déjà partie de Saint-Brieuc et leur nouveau domicile est à Suresnes. Les années passent et Louis Nathaniel Rossel entreprend des études pour s’inscrire dans la tradition militaire paternelle. D’ailleurs, il aurait par la suite, semble-t-il, brièvement étudié à Saint-Brieuc.
Portrait de Louis Nathaniel Rossel – Bibliothèque municipale de St-Brieuc © RF
Lorsque le gouvernement de Thiers capitule le 19 mars 1871, Louis Nathaniel Rossel est au camp de Nevers. C’est là que sa vie va prendre un tournant décisif. Il écrit au général ministre de la Guerre : « J’ai l’honneur de vous informer que je me rends à Paris pour me mettre à la disposition des forces gouvernementales qui peuvent y être constituées.
Instruit par une dépêche de Versailles, rendue publique aujourd’hui, qu’il y a deux partis en lutte dans le pays, je me range sans hésitation du côté de celui qui n’a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs des généraux coupables de capitulations ».1 Véritable exception dans le milieu des officiers de l’époque, il se joint aux parisiens qui prennent les armes pour continuer la guerre. Il est nommé chef d’état-major.
Mais des divergences profondes apparaissent avec la Commune de Paris, il reproche une trop grande inorganisation et un esprit de contestation permanent qui ne lui permettent pas de remplir sa fonction : « C’est le désaccord constant, irrémédiable, entre mes ordres et le système de la Commune, qui a entrainé ma démission » 2. Il en retire une certaine amertume : « Je n’ai jamais espéré, depuis que j’ai connu la Commune, que la Révolution triompherait par la Commune, mais qu’elle triompherait malgré la Commune ».2
Un grand secours moral
Quand les communards sont vaincus, il est arrêté et condamné à mort. Enfermé au camp de Satory, il est accompagné dans ses derniers jours par Théodore Passa, pasteur de Versailles, chargé de l’aumônerie protestante du camp de Satory.
Le pasteur Théodore Passa a été d’un grand secours moral pour Rossel. De sa prison de Versailles le 14 juin 1871, il évoque cette relation dans une lettre à son père : « Nous devons bien des remerciements au pasteur de Versailles M. Passa qui est venu me voir et qui est très bon pour moi. »
Exécution de Rossel au camp de Satory © Bibliothèque André Malraux St-Brieuc
Dans un autre courrier du 27 novembre 1871, Rossel fait part à son père de tout le travail effectué par le pasteur : « M. Passa m’a fait une bonne visite ; il est plein de confiance. Sa lettre ayant été publiée par la plupart des journaux... »
Plus tard, le journal L’Évangéliste du 23 octobre 1885 écrit :
« M. Thiers fit offrir la vie à Rossel s’il préférait la honte d’une dégradation publique à la mort. Rossel choisit la mort, et quand M. Passa, croyant être le premier à lui annoncer cette nouvelle, entra dans sa cellule, la veille de l’exécution, en lui disant : ‘’ Du moins vous ne subirez pas la dégradation militaire ‘’. Rossel répondit en souriant : « Je le sais, car on m’a offert le choix ».3
À la lecture des différents écrits de Rossel, on peut constater qu’il ne fait nullement référence à sa foi protestante. Il n’aborde pas de sujets religieux et développe par contre ses idées politiques et sociales, ses conceptions de l’organisation et de la stratégie militaire.
Louis Nathaniel Rossel dans la mémoire collective
Une rue de Saint-Brieuc porte son nom après une délibération du Conseil municipal du 19 juin 1967. Sur la plaque est simplement écrit : Officier et Homme politique. 1844-1871.
Ni sa naissance à Saint-Brieuc, ni son appartenance au protestantisme, pas plus que son rôle dans la Commune de Paris ne sont mentionnés (pour localiser la plaque, cliquer ici).
La bibliothèque André Malraux de St-Brieuc conserve de nombreux ouvrages anciens sur la Commune dont certaines éditions originales des textes de Louis Rossel (Abrégé de l’art de la guerre, Papiers posthumes) et un livre offert à la bibliothèque et dédicacé par la sœur de Louis Rossel.
Charles Le Maout, un Républicain, rédacteur en chef de la revue Le Publicateur des Côtes-du-Nord, a écrit quatorze articles entre mai et décembre 1871 qui évoquent le rôle de Louis Nathaniel Rossel (portrait, lettre de démission, arrestation, exécution…). Rossel est appelé dans deux articles « Notre compatriote ».4
Les Archives municipales de Saint-Brieuc possèdent le passeport pour l’intérieur d’Isabella Randall daté du 25 septembre 1845. Madame veuve Campbell, née Isabelle Randall y est mentionnée comme native d’Angleterre et demeurant à Saint-Brieuc. Elle est accompagnée de deux filles âgées de 20 et 5 ans.5
Et dans la mémoire nationale
Louis Nathaniel Rossel et ses parents sont inhumés au cimetière protestant de Nîmes dans le Gard. Vous pouvez voir en vidéo, la visite du cimetière protestant de Nîmes (Rossel à 4 min 59).
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L’acteur André Dussolier a incarné le rôle de Louis Rossel dans un film réalisé par Serge Moati en 1977, Louis Rossel et la commune de Paris.
Sami Frey avait joué son rôle en 1966 dans Le destin de Rossel, archives de l’INA.
Une biographie romancée a été écrite par Christian Ligier, Le Roman de Rossel, éditions Robert Laffont.
Charles de Gaulle, à qui Michel Debré demanda un jour ce qu’il restait de la Commune de Paris, répondit « Il reste Rossel ». La journaliste Natacha Polony en parle dans une