L’ÉGLISE D’ANGLETERRE AUJOURD’HUI – 2ème partie

Gouvernance de l’Église. Quelques prises de position théologiques.

par Rob Gill, Église protestante unie de Saintes-Cœur de Saintonge

 

La gouvernance de l’Église

L’organisme qui gouverne l’Église est le synode général, qui comprend trois parties ou Chambres, les laïcs (200 personnes), le clergé (200) et les évêques (50). Il se réunit au moins deux fois par an. Son rôle est de gérer les affaires de l’Église, par exemple la modification des doctrines ou la publication des consignes concernant la conduite des offices dominicaux. Il examine le budget de l’Église et fonctionne également en assemblée délibérante pour les sujets d’importance nationale, comme le changement climatique. Pour qu’une mesure soit adoptée, il faut une majorité de chaque Chambre.

 

 

Le Synode de l’Eglise d’Angleterre et ses trois Chambres

 

Le rôle de l’archevêque de Cantorbéry est multiple. II est l’évêque principal de l’Église d’Angleterre et un des chefs de l’Église anglicane. Il est un des présidents de la commission œcuménique en Angleterre. Il a juridiction sur la province de Cantorbéry qui comprend 30 des 42 diocèses de l’Église d’Angleterre. Il est reconnu comme primus inter pares, le premier parmi ses pairs. Mais Il n’est ni le PDG de l’Église d’Angleterre ni celui de l’Église anglicane.

Le deuxième évêque dans la hiérarchie est l’archevêque de York. Il a juridiction sur les autres diocèses.

Au synode de février 2025, l’évêque de Londres de l’époque (troisième dans la hiérarchie des évêques) avait vivement critiqué la gouvernance de l’Église d’Angleterre. Elle avait fait remarqué qu’Il  existe des commissions dans l’Église dont le fonctionnement et les interactions sont loin d’être clairs. Selon elle, l’Église est une organisation avec beaucoup de structures mais où il n’y a pas de clarté sur les rapports entre tous ces éléments.

 

Au niveau local, les affaires sont menées par un conseil paroissial de l’Eglise. Son rôle est de gérer les biens matériels, y compris les finances et les bâtiments. Les membres du conseil paroissial ont l’obligation de travailler ensemble avec le prêtre, qui est membre de droit du conseil.

 

Quelques prises de position théologiques

Le statut des femmes

Les femmes peuvent maintenant être prêtres ou évêques, et il est à noter que l’archevêque de Cantorbéry est une femme, Sarah Mullally, précédemment évêque de Londres.

 

Sarah Mullally, archevêque de Cantorbéry

 

Mais cela ne veut pas dire que la controverse  au sujet du statut ecclésial des femmes soit close. Le compromis adopté lors de l’admission des femmes au rang du clergé stipulait  que les paroisses qui ne reconnaissent pas le ministère clérical des femmes peuvent demander à ce que leur évêque soit quelqu’un qui lui-même n’accepte pas l’ordination des femmes. Il existe au moins 80 paroisses en Angleterre de courant  anglo-catholique et au moins 15 paroisses de courant évangélique qui sont sous la surveillance d’un tel évêque « volant » plutôt que de celle de l’évêque diocésain.

 

Le divorce

L’Église d’Angleterre enseigne que le mariage est pour la vie, mais elle reconnait qu’il y a des mariages qui échouent et dans ces cas-là, depuis 2002, l’Église accepte, à titre exceptionnel ,  que le ou la divorcé(e) puisse se remarier dans l’Église, même avant le décès de l’ex-mari ou l’ex-femme. (A noter que, si un couple souhaite une cérémonie religieuse, le mariage civil se fait en même temps que le mariage religieux. L’officiant a le droit de célébrer les deux.)

Cependant le prêtre peut refuser d’officier au mariage d’un tel couple, selon sa conscience. Dans ce cas-là, il ou elle a le droit de refuser l’accès à l’église de sa paroisse pour une cérémonie religieuse. Le roi Charles III et la reine Camilla, tous les deux divorcés, avaient reçu une bénédiction de leur mariage à la chapelle royale à Windsor en 2005 après une cérémonie civile, tandis que la cérémonie de mariage de Harry (fils de Charles) et Meghan a eu lieu dans cette même chapelle, malgré le fait que Meghan soit divorcée.

 

L’homosexualité

L’homosexualité est, pour l’Église d’Angleterre et plus largement pour la communion anglicane, le sujet le plus délicat et le plus clivant en ce moment. Il a été longuement étudié dans l’Église d’Angleterre à partir d’un document, dont le titre est « Vivre en amour et en foi ». Même avant ce processus, l’Église avait accepté que les homosexuels puissent  être prêtres à condition qu’ils restent célibataires. Le premier évêque à révéler son homosexualité et sa cohabitation avec un partenaire du même sexe l’a fait en 2016.

 

En 2023, le synode avait voté le principe de la bénédiction de mariage d’un couple homosexuel dans une église. Il s’agissait de trouver un compromis entre ceux qui militaient pour la reconnaissance au sein de l’Église de l’équivalence des mariages hétérosexuels et homosexuels et ceux qui trouvaient une telle démarche inacceptable (les couples hétérosexuels ayant toujours eu la possibilité de se marier à l’Église).  L’opposition venait des anglo-catholiques et des évangéliques.  Ces branches de l’église ont, de façon inattendue, créé une coalition appellée « Alliance » qui s’est mobilisée contre cette décision. Elle prétend représenter 42% des pratiquants. Pour eux la Bible est claire : les rapports sexuels ne peuvent exister que dans le contexte d’un mariage entre homme et femme.  De plus, Alliance avançait que le synode n’avait pas respecté la procédure statutaire pour changer la doctrine de l’Église en ce qui concerne le mariage.

Confronté à cette opposition, le Synode a finalement annulé le processus « Vivre en amour et en foi » en février 2026.  Il s’ensuit que ni le mariage ni la bénédiction de mariage d’un couple homosexuel ne peuvent être l’objet d’une cérémonie spécifique. En revanche les prêtres peuvent, comme avant, offrir des prières pour le mariage d’un couple homosexuel pendant l’office dominical.   

Ceux qui militent pour le mariage des homosexuels dans une église, demande maintenant refusée, estiment qu’ils sont considérés comme des chrétiens de second ordre. Si on considère plus largement la communion anglicane mondiale, on constate les mêmes dissensions entre ceux qui militent pour une équivalence de traitement des couples homosexuels et hétérosexuels et ceux qui sont convaincus que la bénédiction du mariage d’un couple homosexuel par l’Église anglicane représenterait une approbation de l’homosexualité qui, à leur avis, est un péché selon la Bible.  

 

 

La série

L’EGLISE D’ANGLETERRE À TRAVERS SON HISTOIRE 1. Le 16e siècle

L’ÉGLISE D’ANGLETERRE À TRAVERS SON HISTOIRE 2- le 17e siècle

L’EGLISE D’ANGLETERRE À TRAVERS SON HISTOIRE 3. Le 18e siècle

L’EGLISE D’ANGLETERRE A TRAVERS SON HISTOIRE 4. Le 19e siècle

L’EGLISE D’ANGLETERRE A TRAVERS SON HISTOIRE 5. Les 20 et 21ème siècles

L’ÉGLISE D’ANGLETERRE AUJOURD’HUI – 1ère partie

 

 

 

 

 

 

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