par Rob Gill, Église protestante unie de Saintes-Cœur de Saintonge
Statistiques et autres indices
Comme beaucoup d’Églises occidentales, l’Église d’Angleterre a souffert depuis des décennies d’une baisse de pratiquants réguliers, tendance accentuée par les années Covid. Mais on constate des signes du ralentissement du déclin de la pratique depuis 2021 avec une croissance de 1,2% en 2024 par rapport à l’année précédente en terme de personnes présentes à un office pendant le mois d’octobre. C’est une croissance modeste et toujours inferieure par rapport aux années précédant la pandémie. Il reste à voir si cette tendance se confirmera dans les années à venir.
La situation est certainement plus complexe que ce que décrivent des statistiques brutes. Selon une estimation, le nombre d’Églises locales a connu une croissance de 50% depuis 1979 grâce à l’émergence d’Églises pentecôtistes et assemblées d’origine africaines et antillaises.
Dans l’Église d’Angleterre, il y a des Églises locales où la mission prospère, si le succès se mesure en termes de nombre de personnes assistant régulièrement aux offices. L’église « Holy Trinity Brompton » dans la banlieue ouest de Londres (« HTB ») connait par exemple un essor fulgurant depuis trente ans. C’est cette église qui a créé le parcours Alpha, programme d’évangélisation qui est suivi maintenant dans 169 pays et qui dépasse les frontières des confessions. HTB compte maintenant 38 membres du clergé et dix cultes dominicaux sur six sites. Selon le site web, il est conseillé aux fidèles de ne pas arriver en retard pour le culte de 11h30, car, souvent, ils doivent fermer les portes.
L’église Holy Trinity Brompton (HTB)
Depuis les années 80, HTB poursuit une stratégie d’implantation d’églises. A ce jour, il en existe 81, qui sont soit des églises filles de HTB ou des « petites filles ». Souvent il s’agit de redynamiser des paroisses qui étaient en difficultés.
La première implantation a été celle de St Barnabas dans le Kensington, à trois kilomètres de HTB.
Cette église allait assez bien jusqu’aux années 80, époque où le nombre de fidèles pratiquants avait diminué au point où sa fermeture était programmée. HTB leur avait envoyé un pasteur avec un groupe de 100 fidèles, avec un style de louange plus décontracté et contemporain.
St Barnabas, Kensington
Et cela a surtout attiré beaucoup de jeunes adultes. La paroisse de St Barnabas dénombre maintenant 300 adultes et 90 enfants, avec un culte francophone une fois par semaine. La paroisse de St Barnabas est le partenaire de l’EPUdF Region Ouest via le projet Zacharie. Cette politique d’implantation d’églises semble avoir retenu des gens qui seraient sinon partis et en avoir attiré d’autres qui sinon n’auraient jamais franchi le seuil d’une église. Pour de telles activités missionnaires, ce sont plutôt les paroisses de tendance évangélique qui sont les mieux organisées. Peut-être plus que les paroisses de tendance anglo-catholique ou libérale, elles savent puiser dans la culture contemporaine, ce qui fait qu’elles attirent plus facilement les jeunes et les étudiants, surtout dans les milieux urbains et banlieusards.

St Barnabas, Le Family funday © Agnès Lefranc
Au niveau local, même là où il y a peu de signes de renouvellement, surtout dans des milieux ruraux et des petites villes, l’Eglise locale est souvent impliquée dans des œuvres sociales, par exemple des paroissiens s’engagent comme bénévoles dans les banques alimentaires, devenues de plus en plus nombreuses en Angleterre depuis quelque temps. Les paroissiens se mobilisent maintenant pour la protection des mineurs et d’autres personnes vulnérables, avec des parcours de formation obligatoires.
Mais dans les églises rurales, le profil des fidèles est souvent vieillissant. Il y a des régions où beaucoup de bâtiments subsistent mais sont sans fidèles, donc il n’y a plus d’offices. Ce phénomène est assez répandu dans l’est de l’Angleterre, lié à la désertification de cette région qui était autrefois le moteur de l’économie agricole anglaise et centre de commerce avec les pays baltes. Beaucoup de ces églises sont inscrites au titre des monuments historiques, mais souvent il n’y a pas les fonds pour les empêcher de se délabrer. (En général les communes ne sont pas tenues d’entretenir les bâtiments ecclésiaux.)
Il y a des signes de croissance particulièrement dans les grandes villes. Le nombre de fidèles qui assistent aux offices dans les cathédrales est aussi stable, voire en légère croissance. Les cathédrales attirent, car elles proposent des offices accompagnés par de belle musique (chœur et orgue) dans le cadre d’un bâtiment imposant.
Il est donc difficile de dégager des généralités sur la santé de l’Église d’Angleterre à l’heure actuelle. A son plus haut niveau, il y a des problèmes dont deux sont importants et interconnectés :
- Démission de l’archevêque de Cantorbéry.
Celui qui était archevêque jusqu’à novembre 2024 a dû démissionner suite à un rapport qui était très critique à son égard. Il lui a été reproché de ne pas avoir contacté les autorités rapidement quand on lui a fait connaître des allégations de pédocriminalité contre un prédicateur laïc.
- Abus sexuels et protection des personnes vulnérables.
Comme dans beaucoup d’Églises, nombreux sont ceux qui se sont manifestées en lançant des accusations d’abus contre des prêtres et des évêques. L’Église d’Angleterre n’arrive pas toujours à bien gérer ces accusations, qui sont nombreuses. Souvent les accusateurs estiment qu’ils sont confrontés à un climat de déni. L’église essaie maintenant de mieux réagir aux personnes, souvent vulnérables, qui attestent avoir subi des abus sexuels ou du harcèlement. Mais le synode a récemment rejeté la création d’une commission d’enquête pour traiter les accusations de maltraitance qui serait complétement indépendante de l’Église. Le synode a préféré des propositions plus modestes mais peut-être plus simples à mettre en route à courte terme.
Les Relations entre l’EPUdF et l’Église d’Angleterre
En concluant cet article, il ne faut pas négliger d’évoquer la déclaration nommée « L’Affirmation commune de Reuilly » dont l’Église d’Angleterre et les Églises protestantes françaises qui ont précédé l’EPUdF ont été signataires en 2001 (associées à d’autres églises françaises et britanniques). Cette affirmation était le fruit d’un long processus de dialogue qui date des années trente, époque où l’esprit œcuménique trouvait son expression dans la constitution de l’Église Reformée de 1938. Selon sa constitution, la déclaration de foi invite l’Église à « travailler à l’unité du Corps du Christ ».
A souligner dans cet accord :
- Une définition commune de l’Église. Elle n’est pas l’intermédiaire entre le Christ et le croyant, mais plutôt et en même temps l’assemblée des croyants et l’instrument fidèle de la Parole de Dieu.
- La reconnaissance mutuelle des Églises signataires
- Une absence de convergence concernant la succession apostolique des évêques.
Malgré l’ancienneté de cette affirmation, il s’avère que les progrès depuis 2001 ont été souvent lents et hésitants. Il semble que des initiatives locales comme le partage de personnel entre l’Église d’Angleterre en France et l’EPUdF soient les plus fructueuses. Il existe un comité de suivi de ces accords qui se réunit régulièrement pour les mettre en œuvre.
Dans ce contexte on peut noter que l’Église d’Angleterre a un diocèse en Europe avec son propre évêque. Le diocèse comprend 140 paroisses en Europe, l’Afrique du Nord, la Russie et la Turquie. Il dessert en principe des paroisses dont les fidèles qui majoritairement ont l’anglais pour première ou dont la deuxième langue est l’anglais. En France il y a plus de 30 paroisses, dont cinq se trouvent dans la région Ouest de l’EPUdF.