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Deuil et culte d’action de grâces
PROTESTANTISME – Quand le deuil est aussi l'occasion de manifester sa reconnaissance à Dieu.
Par Denis Heller, pasteur retraité de l’EPUdF
Lara Jameson / Pexels
Il faut vraiment être initié pour comprendre de quoi il s’agit ! Il est vrai que la cérémonie, au moment d’un deuil, est appelée de diverses manières dans nos Églises protestantes. Il suffit de parcourir les chroniques locales ou les bulletins paroissiaux pour le constater. Les uns parlent de « culte de consolation », les autres de « service funèbre », les autres encore de « service d’obsèques ». On trouve aussi fréquemment la formule suivante : « L’Évangile de la résurrection a été annoncé lors des obsèques de… ». L’actuelle liturgie officielle jaune de l’EPUDF a, comme chapitre pour les funérailles, « Annonce de l’Évangile aux familles en deuil ». Chacune de ces expressions évoque un aspect de ce moment de recueillement, vécu lors de la mort d’un proche.
Il est le loin le temps où la Discipline de notre Église de 1666, conformément aux prescriptions de Calvin, stipulait « qu’il ne se fera aucune prière ou prédication, ni aumônes publiques aux enterrements pour obvier à toutes superstitions ». C’est seulement au cours du 19e siècle que la pratique de la cérémonie au temple en présence d’un pasteur s’est imposée. Elle est encore demandée aujourd’hui par bon nombre de nos contemporains qui font appel à l’Église à cette seule occasion.
Mais pourquoi un culte d’action de grâces alors que la mort frappe et que la perte d’un proche est source de peine et de tristesse ? La réponse tient en un mot : pour dire notre reconnaissance, une reconnaissance envers Dieu qui peut se décliner en plusieurs directions.
Nous sommes tous, vivants et morts, au bénéfice de son amour. C’est forts de cette conviction que nous concevons une cérémonie vécue devant Dieu résolument tournée vers LUI et vers les vivants. Nous croyons fermement que le défunt est entre les mains de Dieu et qu’il n’y plus rien à faire pour lui, sinon le confier à sa miséricorde.
À ce titre, il n’y a pas de prière pour le disparu, ni de bénédiction du cercueil. Le culte rend gloire à Dieu pour sa grâce imméritée, plutôt que de glorifier la personne décédée. On évite donc tout panégyrique, toute gloriole déplacée. C’est un culte rendu à Dieu seul. La salutation et la bénédiction, entre autres, le rappellent.
Une existence unique, précieuse prend fin avec bien des souvenirs différents selon ce qui a été vécu avec le défunt. Quel que soit son parcours semé de joies et de peines, son histoire est singulière. Il a vécu de cette dignité donnée par Dieu, commune à tout être humain. Du bien, du beau et du bon ont été partagés ; la famille présente aux obsèques en a été bénéficiaire. Au-delà des rancœurs, des regrets, des rancunes, elle est alors invitée à prendre le chemin de la reconnaissance. C’est pourquoi la cérémonie ne peut être anonyme, ni dépersonnalisée. Quelques témoignages courts et sobres peuvent donner épaisseur et profondeur à cette vie humaine.
Pour autant, on ne peut jamais contraindre à la reconnaissance. Il faut laisser place à la souffrance, aux cris de révoltes, aux douleurs intenables, aux pourquoi sans réponses. Toute mort est rupture, synonyme d’absence et de vide. Et comment ne pas évoquer les décès dramatiques, les existences fortement éprouvées , terrassées par de nombreux malheurs ?
Il sera alors question davantage de cultes de consolation. D’ailleurs, toute cérémonie est un moment d’accompagnement précieux au cours duquel l’Église, l’assemblée présente assurent les endeuillés de leur prière, de leur soutien, de leur amitié. Les prières d’invocation et d’intercession évoquent cette commune condition humaine marquée par la finitude et la fragilité et appelée au partage et à la solidarité.
La lecture des textes bibliques choisis et la prédication qui en découle rendent compte de l’espérance de la résurrection. La mort n’a pas le dernier mot ; elle n’est pas cette réalité inexorable qui ouvrirait au néant. La résurrection du Christ au jour de Pâques en est la manifestation. Un lendemain est encore possible ; une vie en Dieu est promise, pour le disparu au-delà même de la mort, et pour ses proches au-delà de leurs tristesses et de leurs peines. Nous sommes tous promis à la vie, appelés à être relevés de nos morts et de nos deuils, dans une forme de « renaissance ». L’envoi et la bénédiction finale rappellent cette espérance. Le chemin de vie se poursuit.
Le culte d’action de grâces célébré au temple, avec ou sans chants, avant ou après inhumation, avant ou après incinération, avec ou sans le cercueil, précédé ou suivi d’un temps de prière à la mise en bière ou au cimetière, est à adapter selon les circonstances. À ce titre, la rencontre préalable de préparation avec la famille est importante car elle permet une écoute et un accompagnement au plus près. Ainsi, l’Église, à travers les cultes d’action de grâces ou de consolation, accueille, accompagne, soutient – en un mot, vit l’Évangile, tout en assurant sa mission : annoncer l’Évangile à des contemporains, bien souvent totalement étrangers à nos milieux ecclésiaux.